| Cahiers du cinéma n°641 | janvier 2009 |
| Casser le scénario catastrophe, par Jean-Michel Frodon |
| Inquiet et en colère, par Laurent Cantet |
Dossier : L'action culturelle au combat
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Dossier : L'action culturelle au combat
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| La Pellicule ensorcelée, autoportrait, par Jérôme Descamps |
| Bertrand Bonello : "Le spectateur a changé" |
| Un réseau militant insoupçonné, propos de Souad El Bouhati recueillis par Charlotte Garson |
Dossier : L'action culturelle au combat
| Cahiers du cinéma n°641 | janvier 2009 |
| Déborder du cadre, percer la mise en ordre de l'invisible, par Anne Toussaint |
| Cinéma dans les prisons quelques repères |
| Chaque année, en novembre, par Cyril Neyrat |
| "C'est pour ça que je fais des films" propos de Mariana Otero recuillis par Jean-Michel Frodon |
Dossier : L'action culturelle au combat
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Pas glamour
22 mai 2008
par Jean-Michel Frodon
Cannes est aussi un lieu de mobilisation. Sans doute n’est-ce pas ce qui fait la Une des gazettes, et les paparazzi ne s’y pressent pas, mais l’assemblée du Collectif de l’action culturelle cinématographique, faisant le point des actions engagées depuis l’hiver dernier face au retrait du soutien public. Si le Festival de Cannes a un lien avec l’actualité sociale du pays (grève massive partout sauf sur la Croisette) comme avec un passé prétendument célébré ici (68, il y a combien de temps), c’est sans doute dans ce genre d’endroit sans tambour ni paillettes, là où il est question de travail au long cours et de maillage en profondeur, au côté des films et des spectateurs.
Un scénario s'esquisse pour la reprise des « Cahiers du cinéma »
Par Sylvain Bourmeau
Culture-Idées /Cahiers du Cinéma / Presse
Alors que Le Monde prend du retard dans le processus de vente des Cahiers du cinéma, le projet de reprise présenté par l'actuel rédacteur en chef, Emmanuel Burdeau, semble se détacher en recevant le soutien d'une cinquantaine de personnalités. La rédaction du mensuel devrait également appuyer ce projet.
Le Monde a pris du retard sur le calendrier serré qu'il s'était lui-même fixé pour la vente des Cahiers du Cinéma. C'est en milieu de semaine prochaine seulement, soit au moment de l'ouverture du Festival de Cannes vers lequel convergent tous les professionnels du secteur, qu'il devrait permettre aux repreneurs potentiels l'accès à un première « info-mémo ».
Ceux qui ne seront pas trop échaudés par des comptes qui s'annoncent très mauvais pourront demander à entrer, deuxième phase du processus, dans une « data room » pour consulter un dossier plus nourri. La date du 31 mai qu'avait avancée Le Monde comme limite de rendu des offres semble désormais oubliée.
Pour l'instant, comme nous le signalions précédemment, seuls trois repreneurs se sont déclarés publiquement : Alain Kruger, producteur de télévision et ancien directeur de journaux au sein du groupe Filipacchi (Première, 7 à Paris, L'Autre Journal), les éditions indépendantes qui éditent Les Inrockuptibles, et Emmanuel Burdeau, l'actuel rédacteur en chef des Cahiers, associé à Thierry Lounas, membre du comité de rédaction.
Déjà signé par plus d'une cinquantaine de personnalités, un texte apporte clairement, « au nom de l'avenir des Cahiers du cinéma », « son soutien » et « sa confiance » au projet de Burdeau et Lounas. Les signataires ( parmi lesquels les critiques Jean Douchet, Thierry Jousse, Bill Krohn ou Jonathan Rosenbaum, les réalisateurs Hou Hsiao Hsien, Quentin Tarrantino, Pascal Bonitzer, les plasticiennes Dominique Gonzales-Foerster, Valérie Jouve ou Natacha Lesueur, les écrivains Olivier Cadiot, François Bégaudeau et Tanguy Viel, philosophes Jacques Rancière et Georges Didi-Huberman...) estiment que ce projet ouvre la perspective de Cahiers renouvelés et fidèles à eux-mêmes.
La rédaction doit annoncer son soutien au projet
« Les mutations de l'époque, écrivent-ils, rendent les Cahiers plus indispensables que jamais, en réclamant l'invention d'un type d'intervention critique apte à répondre à la nouvelle place du cinéma dans le concert des arts et des images. Si le cinéma est désormais au centre, les Cahiers peuvent l'être également, puisqu'ils sont présents sur le papier et sur Internet, et que leur aura demeure un atout majeur. Seront-ils alors contraints d'oublier leur histoire ou de dévoyer leur identité ? Nullement. Ils garderont au contraire intactes la vigueur et la nécessité de leurs débuts, lorsqu'André Bazin et la jeune garde des futurs cinéastes de la Nouvelle Vague se tournèrent vers ce qu'il y a d'impur dans le cinéma ou lorsque, quelques années plus tard, la revue s'ouvrit aux sciences humaines et à la philosophie. C'est, à plus large échelle encore, un moment similaire que nous traversons aujourd'hui. »
Si, dans un entretien accordé à Politis et publié ce 8 mai, Emmanuel Burdeau, confiant, indique qu'il est encore « à la recherche d'un véritable partenaire financier», il peut donc d'ores et déjà compter sur un atout symbolique majeur avec ce texte, d'autant que la rédaction dans sa quasi totalité devrait elle aussi prochainement apporter son soutien à son projet.
Dans ces conditions, il serait évidemment très risqué pour un autre repreneur de se lancer dans l'aventure - à moins de considérer qu'une marque, aussi forte soit-elle, puisse avoir un avenir sans qu'elle continue d'être garantie par ceux qui en sont à la fois les dépositaires et les réinventeurs permanents.
Pour l’avenir des « Cahiers du cinéma »
Ci-joint, pour information, et pas pour signature – sauf démarche strictement personnelle de ceux qui le souhaiteraient –, le courrier reçu par le biais des Amis des Cahiers.
Rappelons en effet le contexte actuel. Suite à un déficit très important, la mise en vente des Editions de l'Etoile a été lancée par Le Monde, leur propriétaire actuel. Parmi les différents secteurs d'activité des Editions de l'Etoile figure la revue Les Cahiers du cinéma. L'examen des différentes offres de reprise est en coursi.
Chaque fois que nous-mêmes en aurons les moyens, nous vous tiendrons informés des différentes étapes de cette procédure apparemment inévitable mais qui n'est pas sans danger pour l'avenir des Cahiers ainsi que de tous ceux qui y participent, et auxquels le BLAC tient, à cette occasion, à exprimer toute sa solidarité et sa confiance.
Chers tous,
Vous trouverez ci-joint : la lettre " Pour l'avenir des Cahiers du cinéma " ; la liste des premiers signataires ; la liste des signatures parvenues par la suite, les 11 et 12 mai.
Cette liste est naturellement appelée à grandir ; d'ici quelques jours, un site sera ouvert où chacun pourra signer et avoir accès aux informations dont il a besoin.
Bien à vous,
jean douchet
Dans une tribune publiée par Libération le jeudi 24 avril, Les Amis des Cahiers du cinéma ont marqué leur attachement à la préservation de l'identité des Cahiers du cinéma, après l'annonce brutale de leur mise en vente par Le Monde. Comme l'ensemble de la presse, les Cahiers se trouvent aujourd'hui à un tournant de leur histoire. C'est un moment délicat, mais qui peut être porteur de promesse et de renouveau. Dans toutes leurs composantes, revue, éditions, photothèque, site Internet, les Editions de l’Etoile / Cahiers du cinéma doivent demeurer un acteur central de la vie culturelle française.
Nous partageons à cet égard une conviction : le meilleur moyen pour les Cahiers de garantir leur identité est de se tourner vers l'avenir. Ils doivent aujourd’hui être en mesure d'affronter de nouveaux enjeux critiques. Le cinéma, en effet, n'est plus le même qu'à l'heure de leur création. Autrefois dernier né des arts, il est aujourd'hui l’un des premiers. Il ne cesse de stimuler la littérature, l'art contemporain, la musique, la fiction télévisuelle, Internet... Sa diffusion ne se limite plus à la salle obscure : les films sont sur DVD, sur les sites web, dans les livres, au musée....
Autant dire que le cinéma nous concerne désormais tous au premier chef : artistes, philosophes, écrivains, cinéastes, critiques, acteurs, directeurs de festivals…
Les mutations de l’époque rendent les Cahiers plus indispensables que jamais, en réclamant l'invention d'un type d'intervention critique apte à répondre à la nouvelle place du cinéma dans le concert des arts et des images. Si le cinéma est désormais au centre, les Cahiers peuvent l'être également, puisqu'ils sont présents sur le papier et sur Internet, et que leur aura demeure un atout majeur. Seront-ils alors contraints d'oublier leur histoire ou de dévoyer leur identité ? Nullement. Ils garderont au contraire intactes la vigueur et la nécessité de leurs débuts, lorsqu'André Bazin et la jeune garde des futurs cinéastes de la Nouvelle Vague se tournèrent vers ce qu'il y a d'impur dans le cinéma ou lorsque, quelques années plus tard, la revue s'ouvrit aux sciences humaines et à la philosophie. C'est, à plus large échelle encore, un moment similaire que nous traversons aujourd'hui.
Emmanuel Burdeau et Thierry Lounas, respectivement rédacteur en chef et membre du comité de rédaction, ont fait part de leur volonté de relever ces défis en élaborant un nouveau projet éditorial et économique pour les Cahiers. Ce projet a la confiance de la rédaction et du conseil éditorial. Il entend assurer la pérennité de l'entreprise dans toutes ses composantes, tout en l'adaptant aux enjeux présents et futurs. Une telle décision nous semble à la fois naturelle et réjouissante. Elle ouvre la perspective de Cahiers renouvelés et fidèles à eux-mêmes.
Au nom de l'avenir des Cahiers du cinéma, nous assurons ce projet de notre soutien et de notre confiance.Jean Douchet
Premiers signataires :
Laure Adler, Chantal Akerman, Pierre Alferi, Sandy Amerio, Cédric Anger, Jacques Aumont, Luca Bandirali, Jean-Pierre Beauviala, Xavier Beauvois, François Bégaudeau, Marco Bellocchio, Raymond Bellour, Joao Bénard da Costa, Pascal Bonitzer, Stéphane Bouquet, Caroline Bourgeois, Nicole Brenez, Jean-Claude Brisseau, Erik Bullot, Ricardo Matos Cabo, Olivier Cadiot, Fulvia Carnevale, Francesca Comencini, Pedro Costa, Sylvain Coumoul, Pierre Creton, François Cusset, Pierre-Henri Deleau, Piera Detassis, Georges Didi-Huberman, Clément Dirié, Jean Douchet, Bernard Eisenschitz, Victor Erice, Jean-Paul Fargier, Davide Ferrario, Francisco Ferreira, Alain Fleischer, François Fronty, Anne-Marie Garat, Philippe Garrel, Enrico Ghezzi, Elise Girard, Dominique Gonzalez-Foerster, Jean-Pierre Gorin, Joao Mario Grilo, Harry Gruyaert, Alain Guiraudie, Sabina Guzzanti, Shiguehiko Hasumi, Jacques Henric, Danièle Hibon, Jim Hoberman, Pierre-Damien Huyghe, Hou Hsiao-Hsien, Thierry Jousse, Valérie Jouve, Guy Jungblut, Eric Khoo, Nicolas Klotz, Bill Krohn, André S. Labarthe, Anne-Lise Landureau, Natacha Lesueur, Jean-Louis Leutrat, Suzanne Liandrat-Guigues, Philippe Mangeot, Raya Martin, Catherine Millet, Christine Montalbetti, Pietro Montani, Luc Moullet, Jean-Luc Nancy, Valentina Novati, F.J. Ossang, Bruno Péquignot, Paul Otchakovsky-Laurens, Arnaud des Pallières, Mark Peranson, Marie-Dominique Popelard, Olivier Père, Cristina Piccino, Sylvie Pierre, Denis Podalydès, Angela Prudenzi, Mathieu Potte-Bonneville, Jacques Rancière, Jean-Pierre Rehm, Charlotte Renaud, Fabrice Revault, La Revue Internationale des Livres et des Idées, Pierre Rissient, Paulo Rocha, Jean-Marie Rodon, Jonathan Rosenbaum, Jean-Claude Rousseau, Raoul Ruiz, Barbet Schroeder, Albert Serra, André Siglé, Agnès Sire, Louis Skorecki, Alexandre Sokourov, Auraeus Solito, Jean-François Stévenin, Jean-Marie Straub, Peter Szendy, Quentin Tarantino, Enrico Terrone, Rémy Toulouse, Luc Vancheri, Gus Van Sant, Claude Ventura, Tanguy Viel, Dominique Villain, Apichatpong Weerasethakul, Dork Zabunyan, Slavoj Zizek, Rebecca Zlotowski.
Les «Cahiers du cinéma» en danger
LIBERATION
QUOTIDIEN : jeudi 24 avril 2008
Par Chantal Akerman, Olivier Assayas, Alain Bergala, Pascal Bonitzer, Freddy Buache, Emmanuel Burdeau, Jean-Claude Carrière, Jean-Louis Comolli, Jean-Michel Frodon, Anne-Marie Garat, Benoît Jacquot, Thierry Jousse, Pascal Kané, André S. Labarthe, Bernard Latarjet, Serge Le Péron, Jean Narboni, Dominique Paini, Claudine Paquot, Nicolas Philibert, Jacques Rivette, Jean-Henri Roger, Eric Rohmer, Serge Toubiana, Les Amis des Cahiers du cinéma….
Le Monde vient de prendre brutalement la décision de se séparer des Editions de l’Etoile. Le titre Cahiers du cinéma est donc en vente, et de ce fait en danger ; surtout dans le contexte de crise générale de la presse écrite, même si la revue maintient avec une belle stabilité le niveau de ses ventes en kiosque et de ses abonnements.
Les Amis des Cahiers, dont nous sommes membres, ont à cœur de faire entendre leur voix dans ce moment critique, rappeler leur attachement à cette revue et l’attention qu’ils portent à sa pérennité, comme ils ont toujours su le faire chaque fois que son identité s’est trouvée fragilisée. Ils sont une société d’actionnaires des Editions de l’Etoile, actionnaires «historiques» réunissant à la fois des cinéastes, des acteurs, des personnalités du monde cinématographique et culturel, des rédacteurs et des salariés de la revue à toutes les époques de son histoire. Tous se sont sentis impliqués, à un moment ou à un autre, dans le présent des Cahiers du cinéma, et continuent à se sentir engagés dans sa permanente évolution. Cette société, minoritaire par rapport à l’actionnaire principal actuel, est liée avec le Monde par un pacte d’associés qui lui donne un droit de consultation sur tout changement important pouvant affecter l’identité des Cahiers du cinéma.
C’est une revue unique dans son genre, qui appartient à l’histoire du cinéma à laquelle elle contribue depuis les années 50. Fondée par André Bazin et Jacques Doniol-Valcroze, elle a été le creuset de la Nouvelle Vague, le lieu où Truffaut, Godard, Chabrol, Rohmer, Rivette et tant d’autres ont exercé, chacun à leur manière, leur talent critique. Son passé prestigieux constitue un atout fondateur, mais elle a toujours su rester synchrone, depuis cinquante ans, avec le cinéma en train de se faire. Grâce au prestige international dont elle jouit, et qui ne s’est jamais démenti, elle contribue au rôle culturel de la France dans le domaine du cinéma. Elle est un lieu d’échanges et de débats entre tous ceux qui font le cinéma, ici et ailleurs. Elle a contribué à l’émergence de nombreux réalisateurs, partout dans le monde, qui y ont trouvé une première reconnaissance de leur talent. Elle a souvent été un tremplin à leur carrière. Les Cahiers sont associés à de nombreux festivals, petits et gros, pour se tenir toujours aux avant-postes du cinéma au présent. Le site Internet de la revue est à la fois, aujourd’hui, un précieux espace de ressources patrimoniales en ligne, et un espace d’échanges et de débats en temps réel à la pointe vive de l’actualité.
La photothèque des Cahiers du cinéma, l’une des plus riches dans le domaine, contribue à une présence très large du titre dans l’ensemble de la presse française et étrangère et joue un rôle précieux de conseil en iconographie dans le champ de l’édition de livres et de magazines.
Les Editions de l’Etoile sont devenues, au fil des ans, la principale maison d’édition de livres de cinéma en France et le rayonnement intellectuel des Cahiers du cinéma est largement porté, dans le monde entier, par ses livres coédités ou traduits par des éditeurs étrangers. Son patrimoine éditorial s’est imposé depuis vingt-cinq ans comme un précieux capital de pensée et de ressources sur le cinéma.
Dans la situation actuelle, créée par la décision de l’actionnaire principal de mettre en vente les Editions de l’Etoile, les Amis des Cahiers entendent défendre avec vigueur le périmètre d’activités de la maison d’édition (revue, éditions, photothèque, site Internet). Ils s’opposeront également à tout dévoiement de l’identité du titre Cahiers du cinéma. Non seulement la revue est indispensable pour la pensée critique, de plus en plus menacée par ailleurs, mais elle doit rester fidèle à elle-même et à ses convictions, dans cet avenir qui est en passe de se décider pour les Editions de l’Etoile. En tant qu’actionnaires du titre, nous entendons participer au choix du repreneur et jouer pleinement notre rôle de vigilance et de conseil. On l’aura compris : nous sommes disponibles pour tout dialogue constructif avec les éventuels repreneurs des Editions de l’Etoile sur le devenir à inventer des Cahiers du cinéma.
Les Cahiers du Cinéma dans la tourmente
Jeudi 24 avril 2008
La revue de cinéma française Les Cahiers du cinéma est cédée par le groupe Le Monde, actuellement engagé dans un plan de redressement. De son côté, le magazine professionnel Écran Total, placé en liquidation judiciaire, attend son repreneur.
Mise à jour
Alors que Les Cahiers du cinéma se trouvent actuellement en vente, Les Amis des Cahiers, actionnaire minoritaire de la revue qui compte parmi ses membres Olivier Assayas et Eric Rohmer, veulent participer au choix du repreneur du mensuel que Le Monde entend céder, ont-ils indiqué dans une tribune publiée le jeudi 24 avril dans Libération : "Les Amis des Cahiers, dont nous sommes membres, ont à coeur de faire entendre leur voix dans ce moment critique, rappeler leur attachement à cette revue et l'attention qu'ils portent à sa pérennité", affirment-ils dans cette tribune, signée notamment par les cinéastes Chantal Akerman, Benoît Jacquot, Jacques Rivette, Olivier Assayas et Eric Rohmer. Les Amis sont ainsi liés avec Le Monde, actionnaire majoritaire, par un "pacte d'associés qui lui donne un droit de consultation sur tout changement important pouvant affecter l'identité des Cahiers du Cinéma", rappellent-ils. "Non seulement la revue est indispensable pour la pensée critique, de plus en plus menacée par ailleurs, mais elle doit rester fidèle à elle-même et à ses convictions", affirment-ils.
Actuellement empêtrée dans des difficultés financières, la direction du Monde a engagé, outre son plan de redressement prévoyant 130 suppressions d'emplois au quotidien, des cessions de magazines dont celle des Cahiers du Cinéma. Rappelons que la revue, créée en 1951, a vu de jeunes cinéphiles tels Jean-Luc Godard, François Truffaut, Chris Marker ou encore Claude Chabrol y écrire leurs premières fiches de films avant de devenir de grands cinéastes. Les salariés et journalistes des Cahiers du Cinéma ont affirmé, suite à cette annonce, leur "forte inquiétude", et demandent à être "informés en temps réel" de toute négociation concernant leur avenir. Les salariés des Cahiers rappellent en outre que leur titre représente aujourd'hui une revue de cinéma, mais aussi "la première maison d'édition de livres sur le cinéma en France, des sites internet, une photothèque riche de 350.000 documents et une collection de DVD." "L'ensemble de ces activités ne peut être considéré d'un simple point de vue comptable", concluent-ils, affirmant que les Cahiers du Cinéma ont été un "acteur majeur de la vie culturelle française depuis leur création en 1951."
Ecran Total attend son futur repreneur
Le magazine Ecran Total connaît également de graves ennuis financiers. Placé en liquidation judiciaire le 20 mars dernier, le "magazine de tous les professionnels de l'audiovisuel" intéresserait quatre sociétés, qui se seraient portées candidates à sa reprise. Trois entreprises auraient été retenues par l'administrateur judiciaire, la quatrième ne proposant de ne reprendre que trois des vingt-six salariés d'Écran Total. La première serait les Editions Larivière (Moto revue, Rock & folk), qui publient aussi des titres professionnels comme Musique Info Hebdo ou Fashion Daily News. La seconde serait la Financière des Loisirs, qui a repris l'édition du mensuel de cinéma L'Écran Fantastique en septembre 2007. Enfin, le cabinet de conseil spécialisé sur le secteur audiovisuel NPA Conseil aurait également formulé une offre. Le choix du repreneur devrait être annoncé par le Tribunal de Commerce de Nanterre le 24 avril prochain.
L'avenir en pointillés des Cahiers du Cinéma
Comme au cinéma
le 09 Avril 2008
(avec Le Film Français)
La restructuration du quotidien français le plus célèbre prévoit de « restaurer l’équilibre du quotidien et de ses suppléments à échéance 2010 ». D’ici là, le groupe Le Monde serait un chantier permanent permettant d’économiser la somme non négligeable de 15 millions d’euros sur une période de deux ans.
Parmi les 130 emplois qui seront supprimés, 2/3 d’entre eux devraient être des journalistes…(hum) mais pire encore, le « plan de redressement » envisage de céder Fleurus Presse (groupe d’éditions Jeunesse), le mensuel Dancer, le réseau La Procure, librairies spécialisées en presse religieuse et surtout les Editions de l’Etoile. C’est la société éditrice des Cahiers du Cinéma.
Un tollé dans la presse cinématographique. Fondée par André Bazin, Les Cahiers du Cinéma, c’est la revue spécialiste par excellence qui éclaire depuis plus de 40 ans et d’un œil savant l’ensemble des sorties ciné. Révolutionnant la notion de critique ; les rédacteurs des Cahiers du Cinéma participent à des colloques, des rencontres entre publics et réalisateurs, visibles dans certains bonus DVD, certains d’entre eux sont aussi devenus réalisateurs… et ce n’était pas pour faire de la figuration. François Truffaut, Jean-luc Godard, Eric Rohmer, Jacques Rivette, Chris Marker et Claude Chabrol, et plus récemment André Téchiné, Christophe Honoré et Olivier Assayas sont passés par les Cahiers avant de se lancer dans la réalisation.
L’UJC (Union des Journalistes de Cinéma) manifeste toute son inquiétude. L’association précise que « ce désengagement regrettable intervient au plus mauvais moment, alors que la presse de cinéma traverse actuellement une crise profonde ». Les Cahiers adoptent un point de vue qui ne peut bien sûr pas plaire à tout le monde, mais leurs compétences non plus à être démontrées. Ils offrent un angle essentiel au débat critique français, et il est important pour tout amateur de cinéma (même ceux qui tremblent devant le meilleur du pire des séries B néo-zélandaises) que Les Cahiers du Cinéma continuent son travail. L’UJC indique qu’elle se montrera « particulièrement attentive dans les jours et les semaines qui viennent à l’évolution de la situation des éditions de l’Etoile et des Cahiers du Cinéma dont l’avenir doit impérativement être assuré ».
Une solidarité que nous saluons, évidemment.