Télévision publique
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Allègement de la taxe sur les opérateurs télécoms: les professionnels partagés

Actu.orange.fr
PARIS (AFP) - 19/11/08 19:23



Les professionnels des télécommunications réagissaient de façon contrastée mercredi à l'allègement, voté par les députés de la majorité, de la taxe de 0,9% sur leur chiffre d'affaires prévue dans le projet de loi sur l'audiovisuel public.

Un amendement de Jean Dionis du Séjour (Nouveau Centre), prévoyant que la taxe soit progressive suivant le chiffre d'affaires, a été adopté par la commission spéciale sur ce texte. Il doit encore faire l'objet d'un vote en séance publique lors de l'examen du texte à l'Assemblée à partir du 25 novembre.

Selon cet amendement, les nouveaux taux retenus sont fixés à 0,5% si le chiffre d'affaires est compris entre 5 et 10 millions d'euros, 0,6% entre 10 et 20 millions, 0,7% entre 20 et 30 millions et 0,9% au-delà de 30 millions.

"Avec un amendement comme celui-là, rien n'est changé pour nous", a regretté Yves Le Mouël, directeur général de la Fédération française des télécoms (FFT), interrogé par l'AFP.

Le plafond, pour bénéficier d'une taxe allégée, étant fixé à 30 millions d'euros de chiffre d'affaires, "cela exclut la quasi-totalité des opérateurs: tant mieux pour les petits, comme les MVNO (opérateurs mobiles virtuels, ndlr), mais pour les autres ça ne change absolument rien", a-t-il déclaré.

La FFT réclame que cette taxe soit plafonnée à 0,9%, pour éviter d'éventuelles augmentations à l'avenir, que le dispositif soit réévalué d'ici à trois ans et que la taxe ne porte que sur le chiffre d'affaires généré par les opérateurs télécoms dans les activités audiovisuelles.

De son côté, l'association Alternative Mobile, qui regroupe la quasi-totalité des MVNO, s'est "réjouie de la prise en compte de la disparité de situations" dans ce secteur, mais va "étudier attentivement ce projet d'amendement" avant de se prononcer pour savoir "si c'est la bonne solution".

"Les ordres de grandeur ne sont absolument pas adaptés à la situation des MVNO en France", a d'emblée relevé l'association: "seule une extrême minorité (d'entre eux) serait concernée" par le dispositif.

Cette taxe est l'une des deux mesures - avec la taxe de 3% sur les revenus publicitaires des chaînes privées, divisée, elle, par deux en commission - inscrites par le gouvernement dans le projet de loi pour compenser le manque à gagner résultant de la suppression de la publicité en soirée sur France Télévisions.

Les réactions au projet de loi sur l'audiovisuel public

Challenge(s).fr
21.11.2008 | 18:48


Voici les réactions aux amendements votés en commission spéciale sur le projet de loi sur l'audiovisuel public, mercredi 19 novembre, qui prévoient de diminuer à 1,5% la taxe sur les recettes publicitaires des chaînes privées et de rendre progressive la taxe sur le chiffre d'affaires des opérateurs télécoms.


Jean-François Copé, président de la commission spéciale sur le projet de loi sur l'audiovisuel public : Cette modification du texte du gouvernement "n'est pas un cadeau" aux chaînes privées mais un élément de justice en raison de la crise" qui affecte les recettes publicitaires. "Quand il n'y a pas les recettes attendues pour les TV privées, ce n'est pas elles qui vont payer sur quelque chose qu'elles n'ont pas gagné. Dans ce cas, l'Etat se substituera pour s'assurer que la télé publique soit bien financée". "En tout état de cause, cela ne portera pas atteinte au financement de France Télévisions, qui sera garanti par l'Etat".

Jean Dionis du Séjour, auteur d'un amendement: "Ca change la maquette financière et c'est au gouvernement de nous dire maintenant comment il va compenser le manque à gagner pour France Télévisions, soit en augmentant la dotation financière soit autrement..." (Déclaration à l'AFP)

Mathieu Gallet, conseiller technique en charge de l'audiovisuel au ministère de la Culture : "Le principe de la compensation pour France Télévisions est inscrit, de même que son montant (450 millions d'euros) dans le projet de loi de finances. De plus, ces deux taxes sont des taxes non-affectées, c'est-à-dire qu'elles vont au budget de l'Etat, lequel les réaffectera. De toute façon, depuis le début, on nous accuse ou du moins on nous suspecte de cadeaux à TF1 ou au groupe Bougues. Or, tous deux vont être taxés. Donc on ne peut pas dire que ce soit un cadeau. Il s'agit maintenant de voir quel serait l'impact des amendements votés en commission - et que nous découvrons en même temps que vous. Ensuite, le gouvernement décidera de façon collégiale sur le sujet." (Déclaration à Challenges.fr)

Yves Le Mouël, directeur général de la Fédération française des télécoms : "Avec un amendement comme celui-là, rien n'est changé pour nous". Le plafond pour bénéficier d'une taxe allégée étant fixé à 30 millions d'euros de chiffre d'affaires, cela "exclut la quasi-totalité des opérateurs : tant mieux pour les petits, comme les MVNO (opérateurs mobiles virtuels, ndlr), mais pour les autres ça ne change absolument rien". La FFT réclame que cette taxe soit plafonnée à 0,9%, pour éviter d'éventuelles augmentations à l'avenir, que le dispositif soit réévalué d'ici trois ans et que la taxe ne porte que sur le chiffre d'affaires généré par les opérateurs télécoms dans les activités audiovisuelles. (Déclaration à l'AFP)

Alternative Mobile, association qui regroupe la quasi-totalité des MVNO, s'est "réjouie de la prise en compte de la disparité de situations" dans ce secteur mais a indiqué qu'elle allait "étudier attentivement ce projet d'amendement" avant de se prononcer pour savoir "si c'est la bonne solution". "Les ordres de grandeur ne sont absolument pas adaptés à la situation des MVNO en France", a d'emblée relevé l'association: "seule une extrême minorité (d'entre eux) serait concernée" par le dispositif.

Les auteurs de programmes audiovisuels, représentés par la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) et la Société civile des auteurs multimédia (SCAM), veulent "un amendement dans la loi qui prévoit (...) un engagement clair, précis du gouvernement de financer le service public à hauteur du contrat d'objectif et de moyens (COM)". La SACD demande que le chiffrage de ce financement soit fait "par une autorité indépendante". "La taxe sur les télévisions commerciales est un véritable impôt sur la création, parce qu'elle vient en déduction des assiettes de contribution aux droits d'auteurs et aux diverses obligations de financement de la création". (Point presse)

Le SNJ estime que les députés voulaient "la mort" du service public.

Le SNJ-CGT critique la baisse de la taxe sur les chaînes privées en dénonçant un "assassinat du service public" au profit des "amis du président Sarkozy".

Audiovisuel: les députés UMP allègent la facture des chaînes privées

Actu.orange.fr
PARIS (AFP) - 19/11/08 20:15



Les députés UMP ont remplacé mercredi, en commission, la taxe de 3% sur les chaînes privées voulue par le gouvernement par une taxe modulable pouvant varier entre 1,5% entre 3%, une mesure aussitôt dénoncée par la gauche et les syndicats comme un "cadeau à TF1".


La commission spéciale chargée d'examiner le projet de loi sur l'audiovisuel public, en discussion à l'Assemblée nationale à partir de mardi, a adopté un amendement en ce sens du rapporteur UMP Christian Kert. En raison, argue la droite, de "la crise" qui affecte les recettes publicitaires des chaînes redevables.

La majorité "veut la mort" du service public, a réagi le SNJ. C'est "un "assassinat en règle", a renchéri la CGT.

Initialement, le gouvernement avait décidé, pour compenser le manque à gagner (450 millions d'euros) résultant de la suppression de la pub en soirée sur France Télévisions, de créer une taxe de 3% (environ 80 millions escomptés) sur les recettes publicitaires de TF1, M6 et Canal + et une autre de 0,9% (environ 370 millions) sur le chiffre d'affaires des opérateurs télécoms.

La commission a aussi instauré "une clause de rendez-vous" pour évaluer les conséquences de cette taxe. Dans un délai d'un an, le gouvernement devra remettre au Parlement un rapport portant sur son "rendement effectif".

Concrètement, en raison du contexte économique, le taux acquitté par les chaînes devrait être de 1,5% en 2009, selon une source parlementaire. "Mais les recettes publicitaires devraient repartir à la hausse dans les prochaines années et la taxe sera alors supérieure à 1,5%. Assez vite, on récupérera un taux de 3%", a affirmé cette source.

Il ne s'agit pas "d'un cadeau" aux chaînes privées "mais d'un élément de justice en raison de la crise", s'est justifié M. Copé (UMP).

Le ministère de la Culture et de la Communication comme M. Copé se sont aussitôt voulu rassurants en précisant que le manque à gagner (a priori 40 millions d'euros en 2009) "ne portera pas atteinte au financement de France Télévisions, qui sera garanti par l'Etat". Sans pour autant préciser où le gouvernement allait piocher.

"Ca change la maquette financière et c'est au gouvernement de nous dire maintenant comment il va compenser, soit en augmentant la dotation financière de France Télévisions, soit autrement...", a déclaré à l'AFP le député Jean Dionis du Séjour (Nouveau Centre).

La commission a certes décidé mercredi d'indexer la redevance télé (116 euros actuellement) sur l'inflation, mais Nicolas Sarkozy comme la majorité excluent de jouer sur ce levier. "Moi vivant, il n'y aura pas d'augmentation de la redevance", a récemment lancé M. Copé.

Si son initiative n'aboutit pas, un député UMP, Jean-Pierre Gorges, a même déposé mercredi une proposition de loi visant à supprimer purement et simplement la redevance.

La majorité a également remplacé la taxe de 0,9% sur le chiffre d'affaires des opérateurs télécoms par une taxe progressive comprise entre 0,5% et 0,9% selon les résultats des entreprises, via un amendement de M. Dionis du Séjour pour "permettre l'émergence et la montée en puissance des petits opérateurs".

Une initiative accueillie mercredi de façon mitigée par les professionnels des télécommunications et qui ne sera d'ailleurs pas votée en séance, assure M. Copé.

Le ministère "garantit" une compensation financière à France Télévisions

NOUVELOBS.COM | 19.11.2008 | 19:16


Les députés UMP ont décidé de baisser de moitié pour 2009 la taxe sur les recettes publicitaires des chaînes TV privées, prévue dans le projet de loi sur l'audiovisuel public. Le ministère de la Culture assure qu'il y aura une compensation financière.


La somme de 450 millions d'euros qui doit être versée à France Télévisions pour compenser la perte de ses recettes publicitaires est "garantie" car "inscrite dans la loi de finance de 2009". C'est ce qu'a assuré, mercredi 19 novembre, le ministère de la Culture et de la Communication.


"Un principe inscrit dans la loi"

"Le principe de compensation intégrale est inscrit dans le projet de loi de réforme de l'audiovisuel public, et le montant de la compensation, 450 millions d'euros, est inscrit dans la loi de finance 2009", a déclaré le ministère à l'AFP.

Les députés UMP ont décidé mercredi en commission de baisser de moitié pour 2009 la taxe sur les recettes publicitaires des chaînes TV privées (TF1, M6, Canal +), fixée à 3% dans le projet de loi sur l'audiovisuel public.

Cette taxe modulable, de 1,5% pour 2009, devrait ensuite augmenter, le taux plafond étant fixé à 3%.

Les trois grandes chaînes privées, TF1, M6 et Canal+, avaient envoyé, en juin dernier, une lettre commune au gouvernement pour protester contre le projet de taxation dont elles pourraient faire l'objet pour compenser la suppression de la publicité sur France Télévisions.


Amendement

Un amendement en ce sens du rapporteur UMP Christian Kert a été adopté par la commission spéciale sur ce texte par les seuls députés de la majorité, la gauche dénonçant le fait que la droite "cède aux pressions de TF1". L'amendement Kert prévoit que cette "taxe est plafonnée à 50% de l'accroissement de son assiette" et que son montant ne peut être "inférieur à 1,5%" du chiffre d'affaires des chaînes redevables.

"Pour la taxe éligible au titre des années 2009, 2010 et 2011, la période de référence est l'année civile 2008", précise-t-il.



Examen à l'Assemblée le 25 novembre

Christian Kert a précisé à l'AFP que son amendement revenait à instaurer pour les trois années à venir une taxe limitée à 1,5%. Pour les années suivantes, elle pourra être réévaluée et sera comprise dans une fourchette de "1,5% à 3%", a-t-il ajouté.

Le ministère ajoute qu"il ne s'agit pas de taxes affectées. France Télévisions n'a rien à craindre sur la validité juridique des mécanismes de compensation".

Le ministère n'a pas voulu commenter l'amendement de Christian Kert, et fait savoir que la position du gouvernement serait connue "dans les jours qui viennent", à l'issue d'un arbitrage intergouvernemental.

Le projet de loi sur l'audiovisuel public doit être examiné à l'Assemblée à partir du 25 novembre.

Audiovisuel public : appel à grève et manifestation le 25 novembre

L'intersyndicale de l'audiovisuel public (SNRT-CGT, CFDT, CFTC, FO, SNJ, Sud, SRCTA-UNSA, SNJ-CGT) appelle lundi dans un communiqué l'ensemble des salariés des entreprises de l'audiovisuel public à cesser le travail le 25 novembre et à manifester à Paris.

L'intersyndicale appelle les salariés à cesser le travail à partir de 0H00 et pendant 24 heures, le 25 novembre, jour où l'Assemblée nationale doit se saisir du projet de loi supprimant la publicité sur les chaînes publiques et réformant l'audiovisuel public.

La manifestation partira à 12H00, de la tour Eiffel, à Paris, pour se rendre devant l'Assemblée nationale, où le débat sur le projet est prévu à partir de 16H00.

L'appel à la grève et à la manifestation s'adresse à l'ensemble des salariés de l'audiovisuel public. Il concerne donc en principe l'audiovisuel hexagonal, c'est-à-dire France Télévisions (France 2, France 3, France 4, France 5, France ô) et Radio France (France Inter, France Info, France Culture, le réseau local France Bleu, France Musique, FIP et Le Mouv'), ainsi que l'audiovisuel extérieur, avec la chaîne France 24, Radio France Internationale (RFI) et TV5Monde. L'Institut national de l'audiovisuel (Ina), chargé d'archiver et numériser l'ensemble des programmes du service public, est également concerné.

L'intersyndicale estime que le projet du gouvernement "comporte d'immenses menaces". Elle exige "une compensation à l'euro près" des pertes de recettes publicitaires et un "financement pérenne", le maintien des conventions collectives et des emplois, le maintien du périmètre des chaînes, de "véritables moyens" de développement et "le maintien des outils de production et de fabrication".

France Télévisions: Télérama publie une lettre ouverte au Président de la République

Off The Records | 2 juillet 2008

Les réactions s’enchaînent après la remise la semaine dernière par Jean-François Copé du rapport sur l’audiovisuel public au Président de la République. Les propos de Patrick de Carolis lui ont d’ores et déjà attiré les foudres des responsables UMP et des membres du gouvernement: Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP et grand défenseur du journalisme (on se souvient de ses attaques contre l’AFP…) exige des excuses alors que Christine Albanel estime que les adjectifs, comme «stupide», employé ce matin par le PDG de France Télévisions, ne peuvent être prononcés à l’égard de l’actionnaire qu’est le président de la République. Télérama, qui avait déjà fait 10 propositions pour la télévision publique le mois dernier, publie cette semaine une lettre ouverte à Nicolas Sarkozy écrite par Olivier Milot, reporter au sein de l’hebdomadaire.



Nicolas Sarkozy sur le plateau de FR3 | photo © droits réservés |



Morceaux choisis…


Olivier Milot n’hésite pas à interpeller le Chef de l’Etat en l’interrogeant tout en prenant le contre-pied de ces déclarations récentes : «Ne peut-on pas aimer la télévision privée (et chacun sait que vous n’en êtes pas un adversaire) tout en défendant un audiovisuel public puissant ?» Nicolas Sarkozy connaît bien les médias dont il s’est servi pour s’imposer sur le devant de la scène politique. Enfant de la télé revendiqué, il affirme son amour du petit écran, notamment des chaînes du service public, qui remplissent selon lui une mission essentielle. Cependant, comme le pointe le journaliste, «Monsieur le Président, les déclarations d’amour ne valent que si elles sont suivies de preuves». Les prises de positions du Chef de l’Etat mettent en exergue cette contradiction entre le discours et les actes, et Olivier Milot s’interroge : schizophrénie ou cynisme du Président ?

L’idée de suppression de la publicité sur les antennes du service public, idée de gauche, est séduisante mais, comme l’écrit Olivier Milot dans Télérama, «pas au prix de l’affaiblissement du service public», «pas en organisant à nouveau sa mise sous tutelle politique». Le projet de réforme n’aboutit pour l’instant qu’à un déséquilibrage des moyens, et à un retrait du CSA. La nomination du PDG de France Télévisions en Conseil des ministres semble hérisser tout particulièrement Olivier Milot, qui se demande «qui peut sérieusement croire que ce que le Président en exercice voudra puisse être invalidé par quiconque ?» «Alain Peyreffite, sors de ce corps !» finit par lancer le journaliste, faisant référence au ministre de l’information sous le général de Gaulle. Cette dernière critique peut faire débat, et pourrait faire l’objet d’une question en direction d’Olivier Milot lui-même cette fois-ci : «qui peut sérieusement croire qu’une nomination par le CSA garantit un choix totalement indépendant des vues du Chef de l’Etat ?» La proposition de Nicolas Sarkozy d’effectuer cette nomination en Conseil des ministres tend simplement à faire coïncider la théorie et la pratique, et n’est certainement pas la mesure la plus criticable et la plus inquiétante du projet: d’autres points méritent certainement une attention bien plus importante…

Le reporter considère l’annonce du 8 janvier dernier comme « opportuniste » et « brutale », répondant notamment à deux objectifs : faire un cadeau à Martin Bouygues, qui possède TF1, et éloigner le débat public des vrais problèmes, comme le pouvoir d’achat qui faisait déjà alors vaciller le président dans les sondages. La commission Copé n’aura été, selon Olivier Milot qu’une « opération de camouflage de quatre mois », qui s’est fini avec « fleurs et couronnes » : « la commission fut couverte d’éloges, Jean-François Copé chaleureusement remercié et son rapport superbement ignoré » explique t-il. Les nouvelles taxes proposées pourront être contestées voire invalidées au niveau européen, tandis que le refus d’augmenter la redevance, au nom du pouvoir d’achat des Français peut sembler contradictoire avec cette nouvelle taxation, puisque les opérateurs téléphoniques ont déjà prévu de répercuter ces mesures sur la facture des ménages. Le transfert de la publicité est une aubaine pour les chaînes privées au moral en berne depuis les premiers succès de la TNT, mais avec un financement fragile, France Télévisions ne sortira que confortée dans sa position de colosse aux pieds d’argile.

« Monsieur le Président, rarement un actionnaire s’est aussi mal comporté avec son entreprise et les milliers de salariés qui la composent. Aujourd’hui, c’est France Télévisions et son personnel qui trinquent, demain ce seront les téléspectateurs. Cette année, les soldes d’été s’ouvrent avec la grande braderie de l’audiovisuel. Nous ne sommes pas acheteur de cette télévision publique au rabais », ainsi s’achève cette lettre ouverte, pleine de bonne volonté mais qui finira malheureusement très certainement aux oubliettes…

Silence, on coule ! "Le Bateau-Livre" c'est fini

10 juin 2008
Blog de Pierre Assouline



“Le Bateau-Livre”, c’est fini. Une émission littéraire de moins. Depuis une dizaine de jours, il est en cale sèche pour toujours. Douze ans qu’il voguait sur des eaux parfois incertaines à des horaires de programmation qui l’étaient tout autant. Une désinvolture qui finissait par relever du sabordage. Difficile dans de telles conditions atmosphériques de garder le cap. Son créateur et animateur Frédéric Ferney s’y est consacré sur France 5 avec une exigence, une véritable passion pour les livres et la littérature et un esprit de résistance à toute épreuve. Las ! On vient de lui faire savoir que la compagnie coulait le navire corps et biens. La chaîne de service public n’en veut plus, audience oblige. Il paraît que c’était trop “élitiste”, le mot qui tue. Il lui fut même reproché de trop parler de livres, observation qui ouvre des perspectives inattendues aux émissions littéraires à venir. Le Président de la République, à qui rien de ce qui advient en France n’est étranger, et notamment les programmes des chaînes dont l’Etat est actionnaire, a donc reçu vendredi une lettre de Frédéric Ferney le mettant au courant de la situation. Non pour y changer quoi que ce soit puisque les dés sont jetés. Juste pour l’informer directement. Et pour le rappeler à son discours sur “la priorité des livres” le jour de l’installation de la commission Copé.

Le journaliste-écrivain qui le lui a fait tenir en son palais n’attend pas de réponse. Auteur notamment d’un récent Oscar Wilde ou les cendres de la gloire (157 pages, Mengès) de la meilleure encre, cet angliciste distingué aura l’élégance de ne pas ameuter la Cour et la Ville sur son sort, convaincu que son émission, nouvelle victime de la course à l’audience, dépasse son seul cas et que l’enjeu de l’affaire va bien au-delà de sa personne. En attendant de nouvelles aventures ici ou là, il saura se consoler avec de fortes pensées du grand Wilde : “La seule chose que l’artiste ne puisse pas voir est l’évidence. La seule chose que le public puisse voir est l’évidence. Le résultat, c’est la critique journalistique” ou encore “Quand les gens sont d’accord avec moi, j’ai toujours l’impression d’être dans mon tort”.


"Paris, le 4 juin 2008

Monsieur le Président et cher Nicolas Sarkozy,

La direction de France-Télévisions vient de m’annoncer que « Le Bateau-Livre », l’émission littéraire que j’anime sur France 5 depuis février 1996, est supprimée de la grille de rentrée. Aucune explication ne m’a encore été donnée. Si j’ose vous écrire, c’est que l’enjeu de cette décision dépasse mon cas personnel. C’est aussi par fidélité à la mémoire d’un ami commun : Jean-Michel Gaillard, qui a été pour moi jusqu’à sa mort un proche conseiller et qui a été aussi le vôtre. Jean-Michel, qui a entre autres dirigé Antenne 2, était un homme courageux et lucide. Il pensait que le service public faisait fausse route en imitant les modèles de la télévision commerciale et en voulant rivaliser avec eux. Il aimait à citer cette prédiction : « Ils vendront jusqu’à la corde qui servira à les pendre » et s’amusait qu’elle soit si actuelle, étant de Karl Marx. Nous avions en tous cas la même conviction : si l’audience est un résultat, ce n’est pas un objectif. Pas le seul en tous cas, pas à n’importe quel prix. Pas plus que le succès d’un écrivain ne se limite au nombre de livres vendus, ni celui d’un chef d’état aux sondages qui lui sont favorables.

La culture qui, en France, forme un lien plus solide que la race ou la religion, est en crise. Le service public doit répondre à cette crise qui menace la démocratie. C’est pourquoi j’ai aimé votre discours radical sur la nécessaire redéfinition des missions du service public, lors de l’installation de la « Commission Copé ». Avec Jean-Michel Gaillard, nous pensions qu’une émission littéraire ne doit pas être un numéro de cirque : il faut à la fois respecter les auteurs et plaire au public ; il faut informer et instruire, transmettre des plaisirs et des valeurs, sans exclure personne, notamment les plus jeunes. Je le pense toujours. Si la télévision s’adresse à tout le monde, pourquoi faudrait-il renoncer à cette exigence et abandonner les téléspectateurs les plus ardents parce qu’ils sont minoritaires? Mon ambition : faire découvrir de nouveaux auteurs en leur donnant la parole. Notre combat, car c’en est un : ne pas céder à la facilité du divertissement pur et du people. (Un écrivain ne se réduit pas à son personnage). Eviter la parodie et le style guignol qui prolifèrent. Donner l’envie de lire, car rien n’est plus utile à l’accomplissement de l’individu et du citoyen.Certains m’accusent d’être trop élitaire. J’assume : « Elitaire pour tous ».

Une valeur, ce n’est pas ce qui est ; c’est ce qui doit être. Il faut être prêt à se battre pour la défendre sans être sûr de gagner : seul le combat existe. La télévision publique est-elle encore le lieu de ce combat ? Y a-t-il encore une place pour la littérature à l’antenne ? Ou bien sommes-nous condamnés à ces émissions dites « culturelles » où le livre n’est qu’un prétexte et un alibi ? C’est la question qui est posée aujourd’hui et que je vous pose, Monsieur le Président. Beaucoup de gens pensent que ce combat est désespéré. Peut-être. Ce n’est pas une raison pour ne pas le mener avec courage jusqu’au bout, à rebours de la mode du temps et sans céder à la dictature de l’audimat. Est-ce encore possible sur France-Télévisions ? En espérant que j’aurai réussi à vous alerter sur une question qui encore une fois excède largement celle de mon avenir personnel, et en sachant que nous sommes à la veille de grands bouleversements, je vous prie de recevoir, Monsieur le Président, l’assurance de mon profond respect.

Frédéric Ferney

P.S. « Le Bateau-Livre » réunit environ 180 000 fidèles qui sont devant leur poste le dimanche matin à 8h45 ( ! ) sur France 5, sans compter les audiences du câble, de l’ADSL et de la TNT ( le jeudi soir) ni celles des rediffusions sur TV5. C’est aussi l’une des émissions les moins chères du PAF. “



photo : Frédéric Ferney "Le bateau-livre" et Laurence Piquet "Ubik"
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