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Le ministère "garantit" une compensation financière à France Télévisions

NOUVELOBS.COM | 19.11.2008 | 19:16


Les députés UMP ont décidé de baisser de moitié pour 2009 la taxe sur les recettes publicitaires des chaînes TV privées, prévue dans le projet de loi sur l'audiovisuel public. Le ministère de la Culture assure qu'il y aura une compensation financière.


La somme de 450 millions d'euros qui doit être versée à France Télévisions pour compenser la perte de ses recettes publicitaires est "garantie" car "inscrite dans la loi de finance de 2009". C'est ce qu'a assuré, mercredi 19 novembre, le ministère de la Culture et de la Communication.


"Un principe inscrit dans la loi"

"Le principe de compensation intégrale est inscrit dans le projet de loi de réforme de l'audiovisuel public, et le montant de la compensation, 450 millions d'euros, est inscrit dans la loi de finance 2009", a déclaré le ministère à l'AFP.

Les députés UMP ont décidé mercredi en commission de baisser de moitié pour 2009 la taxe sur les recettes publicitaires des chaînes TV privées (TF1, M6, Canal +), fixée à 3% dans le projet de loi sur l'audiovisuel public.

Cette taxe modulable, de 1,5% pour 2009, devrait ensuite augmenter, le taux plafond étant fixé à 3%.

Les trois grandes chaînes privées, TF1, M6 et Canal+, avaient envoyé, en juin dernier, une lettre commune au gouvernement pour protester contre le projet de taxation dont elles pourraient faire l'objet pour compenser la suppression de la publicité sur France Télévisions.


Amendement

Un amendement en ce sens du rapporteur UMP Christian Kert a été adopté par la commission spéciale sur ce texte par les seuls députés de la majorité, la gauche dénonçant le fait que la droite "cède aux pressions de TF1". L'amendement Kert prévoit que cette "taxe est plafonnée à 50% de l'accroissement de son assiette" et que son montant ne peut être "inférieur à 1,5%" du chiffre d'affaires des chaînes redevables.

"Pour la taxe éligible au titre des années 2009, 2010 et 2011, la période de référence est l'année civile 2008", précise-t-il.



Examen à l'Assemblée le 25 novembre

Christian Kert a précisé à l'AFP que son amendement revenait à instaurer pour les trois années à venir une taxe limitée à 1,5%. Pour les années suivantes, elle pourra être réévaluée et sera comprise dans une fourchette de "1,5% à 3%", a-t-il ajouté.

Le ministère ajoute qu"il ne s'agit pas de taxes affectées. France Télévisions n'a rien à craindre sur la validité juridique des mécanismes de compensation".

Le ministère n'a pas voulu commenter l'amendement de Christian Kert, et fait savoir que la position du gouvernement serait connue "dans les jours qui viennent", à l'issue d'un arbitrage intergouvernemental.

Le projet de loi sur l'audiovisuel public doit être examiné à l'Assemblée à partir du 25 novembre.

Une fête de la musique qui fait boum

L'Humanité 20 juin 2008



Fête de la musique. À l’initiative des Têtes Raides, associés au Collectif Sauvons la culture !, une caravane propose de sonner l’alarme devant l’absence de politique culturelle publique ambitieuse.

Pas question de jouer les rabat-joie. La Fête de la musique est un événement populaire et son succès, chaque année, en atteste. Pour autant, allons-nous nous réfugier derrière le paravent ministériel et nous mettre à chanter sur l’air du « Tout va très bien, Madame la ministre » ? La situation réservée ces derniers temps aux artistes, à la création, se détériore. Il y a, bien sûr, toute la série de baisses et de gels budgétaires programmés qui n’épargne aucun secteur, musique, cinéma, spectacle vivant… Et derrière ces « économies » - soyons rationnels, soyons pragmatiques - se profile un paysage culturel bouleversé. Faut-il rappeler que le spectacle vivant attire chaque année dans notre pays plus de spectateurs dans ses salles que le football dans ses stades ? Au nom du dogme du « moins d’État », derrière la seule « culture du résultat », c’est l’engagement historique de l’État en matière de soutien à la création, de promotion et de développement de la diversité culturelle qui est dès lors remis en cause. Pour mieux soumettre la création à l’attente du public comme le préconise Nicolas Sarkozy dans sa lettre de mission à Mme Albanel ? Cherchez l’erreur.

Faire du 21 juin un moment festif et combatif, tel est le défi que s’apprêtent à relever les Têtes Raides rejoints par d’autres musiciens mais aussi des cinéastes, des danseurs, des acteurs… Pour réaffirmer haut et fort que « les artistes, tous arts confondus, se rassemblent pour et affirmer le caractère essentiel de la création, le droit inaliénable pour tout être humain d’accéder à l’imaginaire et à la pensée, à l’éveil sensible et à l’esprit critique, la nécessité d’une politique culturelle ambitieuse, intelligente et généreuse, à la hauteur de l’enjeu démocratique ». Le 21 juin, suivez la caravane !

Marie-José Sirach


***


La caravane de la culture ne connaît pas encore tous les arrêts : Théâtre du Rond-Point, la Maison des métallos, mais encore des lieux symboliques dans d’autres villes de France. Les petites rivières font les grands ruisseaux… Devant la gravité de la situation, l’idée de transversalité, de créer des passerelles entre différentes forces artistiques, fait son chemin depuis l’appel lancé lors du Festival de Cannes (lire ci-dessous). Rencontre avec Grégoire et Christian des Têtes Raides.




Quel sens donnez-vous à votre appel du 21 juin ?

Christian Olivier. L’an dernier, on a fait « chut ». Cette année, on va faire « boum » ! Nous ne voulons pas laisser passer cette Fête de la musique sans rien dire. L’an dernier, déjà la question de la place de l’artiste, de la place de la musique était présente. D’où l’idée de couper le son pour pouvoir réentendre la musique, de dire haut et fort « chut ». Aujourd’hui, les problèmes dans la musique perdurent, mais on s’aperçoit qu’aucun secteur n’est épargné : dans le cinéma, dans le théâtre, dans les arts plastiques tous les champs artistiques sont touchés. On s’est dit que la Fête de la musique devait au moins servir d’échos aux problèmes de la culture dans ce pays. De notre côté, on croise beaucoup d’artistes en difficulté, des lieux de concerts complètement asphyxiés par des lois chaque fois plus restrictives… On a toujours cherché à défendre les passerelles entre les différentes formes culturelles. Dans la musique, il a de la lumière ; dans la lumière, il y a de la peinture ; dans la peinture, il y a de la danse. Aujourd’hui, défendre la culture dans ce pays, c’est travailler à la fois sur les moyens, mais pas seulement. Il s’agit aussi de combattre ce qui est en train de se mettre en place : l’individualisme, le chacun dans son coin pour défendre sa case.

Le 21 juin, on veut dessiner un chemin qui passe d’un lieu de cinéma à un lieu de théâtre, d’un lieu de danse à un lieu de musique, aux arts de la rue. On souhaite, dans une première étape, se parler puisque toute la politique est faite pour ne pas se parler, pour isoler les gens.

L’idée est donc de rassembler les acteurs de la culture au-delà de leur propre pratique et de tirer une sonnette d’alarme…

Grégoire Simon. Aujourd’hui, la Fête de la musique est devenue une fête d’État. Et l’État a un rôle fondamental à jouer dans la diffusion de la culture. On voudrait, à cette occasion, lui rappeler ses prérogatives, ses responsabilités, mais aussi lui montrer qu’on est largement capable de discuter entre nous, de réfléchir et de proposer. Nous, on travaille pour le public. L’État doit de ce point de vue, jouer son rôle de diffuseur. En tout cas, pas s’ériger en censeur ou en juge. Il doit répondre à la demande artistique et à la demande du public. Dans la culture, il y a le patrimoine d’hier, celui d’aujourd’hui et de demain. Pour l’heure, l’État s’occupe surtout du patrimoine d’hier. Nous pensons que le patrimoine d’hier doit financer le patrimoine de demain. Du point de vue de la démarche, on n’est pas loin du collectif Sauvons la recherche. La recherche et le développement en culture existent aussi.

Christian Olivier. Il y a aussi les liens avec les associations humanitaires, qui souvent nous sollicitent pour soutenir telle ou telle action. L’idée, c’est, pour une fois, d’inverser les rôles, que les associations viennent défendre la culture.

Grégoire Simon. Le collectif Immigration jetable prépare une grosse opération pour le mois d’octobre, au moment de la refonte des lois européennes concernant l’immigration. Ils nous ont sollicités pour refaire ce que nous avions fait en 2003 à la République, à Paris. On les a mis sur le coup. Il en va de notre intérêt commun d’être en résonance. Car la culture, ce sont bien évidemment ses propres acteurs, mais aussi les gens qui s’en servent et qui en ont besoin.

Parvenez-vous à dialoguer avec les pouvoirs publics, en l’occurrence le ministère de la Culture ?

Christian Olivier. Dans le domaine de la musique, nous sommes moins bien organisés que dans le secteur du cinéma. Au moment du KO social, on passait un coup de fil et les gens du métier venaient. Aujourd’hui, c’est plus difficile. On croise des musiciens qui pensent que le disque, c’est fini. Nous ne le pensons pas. Nous continuons à vendre des disques dans les lieux où l’on joue. Même si les choses peuvent évoluer très rapidement. L’action est isolée, mais il peut y avoir une dynamique qui peut suivre très vite derrière.

Vous estimez que la situation concernant la musique se dégrade ?

Christian Olivier. On a récemment joué dans toute une série de salles dites de musiques actuelles toutes neuves. En fait, ce sont des boîtes à son en périphérie des villes. On emmène tous les jeunes à un endroit complètement excentré, fliqué. Ainsi, on est sûr qu’ils ne sont plus en ville, toute l’activité se déroulant à l’extérieur. On crée un endroit entièrement protégé où les gens rentrent, sont fouillés. Ils passent cinq minutes au bar et sont aussitôt éjectés par des vigiles. Et le quartier, une heure après le spectacle, redevient vide. C’est vraiment une conception consommatrice de la musique. Ça nous semble assez grave…


Votre ambition, c’est de pouvoir fédérer tout cela, mais aussi donner une visibilité à votre action ?

Grégoire Simon. On souhaite que les gens qui font le même métier puissent se parler. On est tous animés du même sentiment, de la même volonté de partager une même énergie quand bien même tout est fait pour parcelliser la culture, nous diviser. Si on fait des spectacles, c’est pour diffuser une énergie dont les gens ont besoin : les enfants, les ados, les adultes, les seniors. Or, actuellement, la baisse de subventions accordées par les DRAC aux festivals, quels qu’ils soient, c’est un coup de poignard donné à tous les lieux qui à l’année essaient de diffuser de la musique ou à tout autre forme d’art. Ce qui est dramatique, en termes de chiffres, c’est la perte de moyens accordés aux milieux culturels.

Christian Olivier. Aujourd’hui, on a l’impression qu’on ne joue plus qu’en festival. On a une programmation qui est limitée sur deux, trois jours ou une semaine, et toute l’économie est basée là-dessus. Derrière vient se greffer une politique de tourisme. Il faut voir le nombre de festivals qui ont vu le jour ces cinq dernières années ! C’est délirant. Résultat, on fait de la musique pour que, dans le village, on vende du pâté et du saucisson !

Grégoire Simon. Ce qui m’avait frappé en 2003, au moment de l’annulation du Festival d’Avignon, c’est le soutien inconditionnel de la chambre de commerce, de l’industrie et du tourisme aux intermittents du spectacle ! On a réalisé que 1 euro investi dans la culture en rapportait cinq. Bon nombre de secteurs de l’économie vivent de la culture. Mais en retour, que donnent-ils pour la culture ? Par rapport à ce qu’elle lui rapporte, que donne l’État ? La rénovation des appartements du château de Vincennes, c’est bien, c’est important. Mais que fait-on pour demain ? Tout ça ne doit pas juste profiter aux toure-opérateurs. Le tourisme vit de la culture, qui vit, elle, de peau de chagrin. La culture est un bien commun, elle forme un patrimoine commun qui nous appartient à tous et que l’on doit partager. Ce n’est pas parce que le mécénat existe que l’État doit déroger à ses responsabilités.



Quels lieux comptez-vous investir le 21 juin ?

Christian Olivier. On va trouver un cinéma, un théâtre emblématique qui nous accueille pour à la fois diffuser du son, des images et prendre la parole pour que les idées circulent. Faire la Fête de la musique, c’est bien, mais en même temps, aujourd’hui, je trouve ça dur. Ce qui importe ce jour-là, c’est de dire quelque chose en commun.

Grégoire Simon. C’est une déambulation qui va toucher plusieurs lieux, pour montrer que les passerelles existent entre les différentes activités artistiques.

Christian Olivier. Ensuite, on propose d’autres fêtes de la musique à d’autres dates que le 21 juin. Peut-être en septembre ou en octobre. Nous ne sommes qu’au tout début d’une action qui s’annonce longue.

Grégoire Simon. Quelque chose qui pourrait ressembler à « culture en fête », peut-être même détaché de la musique. La Fête de la musique est, avec la Fête du cinéma ou les Journées du patrimoine, un moment important où l’État peut jouer son rôle et permettre au plus grand nombre d’approcher un art. Or l’art n’appartient pas à l’État, mais à ceux qui le font. La responsabilité publique est grande et ne doit pas se contenter d’une journée par-ci par-là. Elle doit intervenir sur un projet global, ambitieux. Si la culture, c’est le Puys-du-Fou, qu’on nous le dise ! Il faut redonner le goût de la pratique artistique en milieu scolaire. Si on rendait l’accès possible au cinéma, à la danse, au théâtre, à la musique, aux arts plastiques ou aux arts de la rue, ça procurerait de la lumière dans les yeux de plein de gamins.



Prévoyez-vous des actions en région ?

Christian Olivier. On pense à des lieux symboliques. Tels des rendez-vous de gens de la culture pour faire « boum » devant des monuments historiques nationaux. C’est le lien entre le patrimoine d’hier et le patrimoine de demain. Que fait l’histoire pour la culture ? On demande des comptes !

Grégoire Simon. Comme dirait Bashung, la bombe est là et n’attend plus qu’une allumette… Le pétard est là, mais c’est un pétard qui balance du cotillon. On est plutôt dans le guignol aussi. On ne veut pas rajouter de la misère à la misère. Notre action doit être d’abord pacifique et, surtout, on doit garder de la marge pour se marrer. Sinon, ça ne vaut pas la peine d’envisager la lutte.

Entretien réalisé par Victor Hache et Marie-José Sirach
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Silence, on coule ! "Le Bateau-Livre" c'est fini

10 juin 2008
Blog de Pierre Assouline



“Le Bateau-Livre”, c’est fini. Une émission littéraire de moins. Depuis une dizaine de jours, il est en cale sèche pour toujours. Douze ans qu’il voguait sur des eaux parfois incertaines à des horaires de programmation qui l’étaient tout autant. Une désinvolture qui finissait par relever du sabordage. Difficile dans de telles conditions atmosphériques de garder le cap. Son créateur et animateur Frédéric Ferney s’y est consacré sur France 5 avec une exigence, une véritable passion pour les livres et la littérature et un esprit de résistance à toute épreuve. Las ! On vient de lui faire savoir que la compagnie coulait le navire corps et biens. La chaîne de service public n’en veut plus, audience oblige. Il paraît que c’était trop “élitiste”, le mot qui tue. Il lui fut même reproché de trop parler de livres, observation qui ouvre des perspectives inattendues aux émissions littéraires à venir. Le Président de la République, à qui rien de ce qui advient en France n’est étranger, et notamment les programmes des chaînes dont l’Etat est actionnaire, a donc reçu vendredi une lettre de Frédéric Ferney le mettant au courant de la situation. Non pour y changer quoi que ce soit puisque les dés sont jetés. Juste pour l’informer directement. Et pour le rappeler à son discours sur “la priorité des livres” le jour de l’installation de la commission Copé.

Le journaliste-écrivain qui le lui a fait tenir en son palais n’attend pas de réponse. Auteur notamment d’un récent Oscar Wilde ou les cendres de la gloire (157 pages, Mengès) de la meilleure encre, cet angliciste distingué aura l’élégance de ne pas ameuter la Cour et la Ville sur son sort, convaincu que son émission, nouvelle victime de la course à l’audience, dépasse son seul cas et que l’enjeu de l’affaire va bien au-delà de sa personne. En attendant de nouvelles aventures ici ou là, il saura se consoler avec de fortes pensées du grand Wilde : “La seule chose que l’artiste ne puisse pas voir est l’évidence. La seule chose que le public puisse voir est l’évidence. Le résultat, c’est la critique journalistique” ou encore “Quand les gens sont d’accord avec moi, j’ai toujours l’impression d’être dans mon tort”.


"Paris, le 4 juin 2008

Monsieur le Président et cher Nicolas Sarkozy,

La direction de France-Télévisions vient de m’annoncer que « Le Bateau-Livre », l’émission littéraire que j’anime sur France 5 depuis février 1996, est supprimée de la grille de rentrée. Aucune explication ne m’a encore été donnée. Si j’ose vous écrire, c’est que l’enjeu de cette décision dépasse mon cas personnel. C’est aussi par fidélité à la mémoire d’un ami commun : Jean-Michel Gaillard, qui a été pour moi jusqu’à sa mort un proche conseiller et qui a été aussi le vôtre. Jean-Michel, qui a entre autres dirigé Antenne 2, était un homme courageux et lucide. Il pensait que le service public faisait fausse route en imitant les modèles de la télévision commerciale et en voulant rivaliser avec eux. Il aimait à citer cette prédiction : « Ils vendront jusqu’à la corde qui servira à les pendre » et s’amusait qu’elle soit si actuelle, étant de Karl Marx. Nous avions en tous cas la même conviction : si l’audience est un résultat, ce n’est pas un objectif. Pas le seul en tous cas, pas à n’importe quel prix. Pas plus que le succès d’un écrivain ne se limite au nombre de livres vendus, ni celui d’un chef d’état aux sondages qui lui sont favorables.

La culture qui, en France, forme un lien plus solide que la race ou la religion, est en crise. Le service public doit répondre à cette crise qui menace la démocratie. C’est pourquoi j’ai aimé votre discours radical sur la nécessaire redéfinition des missions du service public, lors de l’installation de la « Commission Copé ». Avec Jean-Michel Gaillard, nous pensions qu’une émission littéraire ne doit pas être un numéro de cirque : il faut à la fois respecter les auteurs et plaire au public ; il faut informer et instruire, transmettre des plaisirs et des valeurs, sans exclure personne, notamment les plus jeunes. Je le pense toujours. Si la télévision s’adresse à tout le monde, pourquoi faudrait-il renoncer à cette exigence et abandonner les téléspectateurs les plus ardents parce qu’ils sont minoritaires? Mon ambition : faire découvrir de nouveaux auteurs en leur donnant la parole. Notre combat, car c’en est un : ne pas céder à la facilité du divertissement pur et du people. (Un écrivain ne se réduit pas à son personnage). Eviter la parodie et le style guignol qui prolifèrent. Donner l’envie de lire, car rien n’est plus utile à l’accomplissement de l’individu et du citoyen.Certains m’accusent d’être trop élitaire. J’assume : « Elitaire pour tous ».

Une valeur, ce n’est pas ce qui est ; c’est ce qui doit être. Il faut être prêt à se battre pour la défendre sans être sûr de gagner : seul le combat existe. La télévision publique est-elle encore le lieu de ce combat ? Y a-t-il encore une place pour la littérature à l’antenne ? Ou bien sommes-nous condamnés à ces émissions dites « culturelles » où le livre n’est qu’un prétexte et un alibi ? C’est la question qui est posée aujourd’hui et que je vous pose, Monsieur le Président. Beaucoup de gens pensent que ce combat est désespéré. Peut-être. Ce n’est pas une raison pour ne pas le mener avec courage jusqu’au bout, à rebours de la mode du temps et sans céder à la dictature de l’audimat. Est-ce encore possible sur France-Télévisions ? En espérant que j’aurai réussi à vous alerter sur une question qui encore une fois excède largement celle de mon avenir personnel, et en sachant que nous sommes à la veille de grands bouleversements, je vous prie de recevoir, Monsieur le Président, l’assurance de mon profond respect.

Frédéric Ferney

P.S. « Le Bateau-Livre » réunit environ 180 000 fidèles qui sont devant leur poste le dimanche matin à 8h45 ( ! ) sur France 5, sans compter les audiences du câble, de l’ADSL et de la TNT ( le jeudi soir) ni celles des rediffusions sur TV5. C’est aussi l’une des émissions les moins chères du PAF. “



photo : Frédéric Ferney "Le bateau-livre" et Laurence Piquet "Ubik"
© www.france5.fr

Vers des états généraux de la culture

L'Humanité,
Cannes 2008


Sur le thème « Cinéma et audiovisuel : vers le démantèlement de la diversité culturelle en France. État des lieux/état d’urgence » : sur la Croisette, la colère a monté d’un cran.

Une mise au point. Six mois après l’appel lancé contre les baisses drastiques de subventions et la réunion au cinéma le Saint- André-des-Arts (voir notre édition du 17 janvier), le Collectif national pour l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle, qui tenait débat jeudi au siège de la Quinzaine, rassemble à ce jour un millier de professionnels et près de 400 structures, organisations du cinéma, festivals, associations d’éducation populaire, syndicats… Marque de la diversité du collectif, on trouvait à la tribune Eugène Andréansky, délégué général des Enfants de cinéma, Amélie Chatellier, déléguée adjointe de la SRF, Philippe Germain, délégué général de l’Agence du court métrage, ou encore Antoine Leclerc, délégué général de Carrefour des festivals. Dans la salle comble, l’on notait la présence de cinéastes, tels Nicolas Philibert, venu souligner la nécessité de convergences entre cette mobilisation et celle du Club des 13, Jean-Henri Roger ou Éric Guirado, ainsi que des représentants de la Ligue de l’enseignement ou de la fédération des MJC, comme des élus qui, tel Alain Hayot, vice-président (PCF) de PACA, sont venus dire leur soutien, leur inquiétude partagée et leur volonté d’engager des initiatives publiques. Les propos rassurants de la ministre de la Culture, réitérés lors de sa venue à Cannes, prétendant notamment organiser un doublement des crédits en matière d’éducation au cinéma ont pu faire illusion quant à la stratégie gouvernementale : aucun chiffre national n’était disponible jusqu’alors. C’est après avoir effectué un recensement laborieux qu’Antoine Leclerc a pu affirmer que « les crédits alloués à la diffusion culturelle cinématographique ont baissé de 18 % en 2008, l’amplitude de cette baisse étant corroborée par le CNC », laissant craindre le pire pour l’an prochain. Philippe Germain a dressé ensuite un inventaire des dégâts (voir encadré), indiquant que le ministère a réduit à trente la liste – confidentielle ! – de festivals qu’il entendait financer directement, une inquiétude supplémentaire pour la suite du financement national en région et « loin d’être une garantie de "sanctuarisation" des crédits, ce transfert s’accompagne parfois d’une baisse des subventions, c’est le cas du Cinéma du réel ». Festivals menacés, ateliers de pratique artistique supprimés, réseaux de salles fragilisés à qui on demande de renoncer au financement public de leurs actions éducatives… « Nous voici obligés de constater que la préférence affichée dans la lettre de cadrage de Nicolas Sarkozy à la ministre pour l’éducation à l’image et l’accès pour tous à la culture masque une volonté de démanteler soixante ans d’acquis d’une politique publique d’action culturelle et artistique », a conclu le responsable de l’agence du court métrage.

Eugène Andréansky a annoncé la tenu d’états généraux en décembre qui devraient être précédés de nombreuses actions, en direction des parlementaires de toutes opinions d’ici au vote du budget 2009 à l’automne, a précisé Antoine Leclerc. Témoin de l’attaque sans précédent contre tous les aspects de la culture, Fabienne Hanclot, de la SRF, a lu le texte des Têtes Raides (lire ci-dessous). Rendez- vous donc le 21 juin.

Michel Guilloux



LISTE NON EXHAUSTIVE DES BAISSES DE CRÉDIT D’ÉTAT

Institut Jean- Vigo (Perpignan :)
moins 12 000 euros dont la moitié sur des actions patrimoniales.
Association
Sans canal fixe (Tours) :
la subvention passe de 15 000 à 5 000 euros.
Festival de Saint- Paul-les-Trois- Châteaux :
baisse de 17,5 %.
Festival
du film court (Villeurbanne) :
baisse de 14 %.
Festival Jean- Carmet (Moulins sur- Allier) :
baisse de 50 %.
Association
Plein Champ (Auvergne) :
baisse de 10 %.
Association
des cinémas de l’ouest pour la recherche :
baisse de 20 %.
Le Café des images (Hérouville-Saint- Clair) :
subvention de 15 000 à 3 000 euros.
Rencontres internationales de cinéma (Paris) :
subvention supprimée, l’initiative est annulée.
Caravane
cinéma d’Afrique (Sainte- Foy-lès-Lyon) :
subvention supprimée.




L’APPEL DES TÊTES RAIDES

Pas de fête sans musique !
Pas de musique sans culture !
Pas de culture sans nous !
21 juin BOUM !


La culture, c’est des centaines de métiers, des millions de spectateurs et d’acteurs culturels.

La culture, c’est un patrimoine à entretenir, à transmettre et à construire !

La culture, c’est l’histoire de chacun, l’apprentissage de la différence et de la diversité, la construction de la liberté individuelle au travers d’expériences multiples et polymorphes, individuelles et collectives !

La culture fait reculer la peur, l’ignorance et l’exclusion !

La culture est préalable à la récolte, elle nécessite de l’attention, de l’opiniâtreté, de la quotidienneté, de l’investissement, du professionnalisme.

Quand l’État fixe des critères économiques de résultat à la culture, il renie sa mission d’intérêt général et de service public pour lequel il est élu.

Nous, professionnels de la culture, affirmons que nous ne laisserons pas démanteler notre histoire, notre passion, notre avenir, et que comme la santé et l’éducation, c’est l’affaire et l’intérêt de tous.

La culture, c’est le relais indéfectible des idées, des luttes et des combats ! La culture nous lie et nous tient ! Ne laissons pas les chacals brouter nos idéaux !


Le 21 juin, nous occuperons un cinéma, un théâtre, une salle de danse, un monument du patrimoine, nous manifesterons spectaculairement notre soutien à tous les exclus de la liberté et des droits pour converger vers la Cartoucherie de Vincennes, lieu d’expression vivant de la culture et de la citoyenneté !





Pas glamour

22 mai 2008
par Jean-Michel Frodon


Cannes est aussi un lieu de mobilisation. Sans doute n’est-ce pas ce qui fait la Une des gazettes, et les paparazzi ne s’y pressent pas, mais l’assemblée du Collectif de l’action culturelle cinématographique, faisant le point des actions engagées depuis l’hiver dernier face au retrait du soutien public. Si le Festival de Cannes a un lien avec l’actualité sociale du pays (grève massive partout sauf sur la Croisette) comme avec un passé prétendument célébré ici (68, il y a combien de temps), c’est sans doute dans ce genre d’endroit sans tambour ni paillettes, là où il est question de travail au long cours et de maillage en profondeur, au côté des films et des spectateurs.


Mercredi 21 mai 2008

Christophe Kantcheff et Ingrid Merckx sont à Cannes pour le Festival du cinéma. Retrouvez chaque jour sur Politis.fr leurs billets en direct de la Croisette.



Réussite totale pour la conférence de presse du collectif national de l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle, annoncée ici-même dans le numéro du 15 mai par Eugène Andréanszky, délégué général des Enfants de cinéma. Devant une assemblée très nourrie, les membres du collectif ont tracé les grandes lignes des attaques tous azimuts dont est victime l’action culturelle cinématographique depuis plusieurs mois, à la suite des baisses de crédits alloués par le ministère de la Culture. Et ont annoncé les mobilisations à venir.

Pour décembre prochain sont en préparation des États généraux de l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle. Quant au mouvement Sauvons la culture, le 21 juin pourrait en constituer une nouvelle étape importante, sur l’initiative des Têtes raides, qui appellent, en ce jour de la fête de la musique, à un grand Boum (à la suite du grand Chut de l’an dernier). Au cours des questions qui ont suivi, le documentariste Nicolas Philibert et Eugène Andréanszky ont aussi rappelé la nécessité que le Club des 13 s’ouvre aux questions de l’action culturelle, totalement absentes de son rapport sur la situation du cinéma français. Le Club des 13 a promis que des rencontres auraient lieu… promesse qui reste aujourd’hui en suspens.


Christine Albanel veut favoriser les "gros tournages" américains en France

Le Monde
le 14 mai 2008



A l'occasion de la 61e édition du Festival de Cannes, qui ouvre mercredi 14 mai, la Ministre de la Culture et de la communication annonce la mise en place d'un crédit d'impôt international, destiné à attirer les gros tournages hollywoodiens dans l'Hexagone et le doublement des crédits pour le cinéma à l'école.


Quel est votre sentiment sur le cinéma français, écartelé entre les difficultés du financement des films d'auteur, soulignées par le rapport Ferran, et les bons chiffres de fréquentation en salles, et du fort niveau de production ?

Cannes - qui a révélé des talents en 2007 : Mungiu, Satrapi et Paronnaud ou Fatih Akin - nous rappelle que ce qui fait la grandeur et la force du cinéma, c'est sa diversité. Il est essentiel que le cinéma français ne s'enferme pas dans une production à deux vitesses : des films à vocation grand public, bien financés, des films d'auteur pauvres... Nous avons tous les atouts pour résister à cette tendance, qui serait dangereuse artistiquement. La France reste le troisième pays producteur de films, après l'Inde et les Etats-Unis. 2007 a été une année très visible, avec le formidable succès des Ch'tis et nos trois Oscars à Hollywood. Sur ce que déplore, à juste titre, le rapport Ferran - la disparition des films de moyens budgets -, on a des signes de rééquilibrage depuis 2007. Notre défi est de confirmer ce rééquilibrage.


Reprendrez-vous certaines mesures du rapport Ferran ?

Je partage certaines de leurs préoccupations et plusieurs pistes qu'ils appellent de leurs voeux font déjà l'objet d'actions concrètes du Centre national de la cinématographie. La question centrale de l'aide au développement, au scénario des films, fait l'objet d'aides en très forte hausse cette année. L'avance sur recettes augmente aussi de 10 % pour la première fois en 2008, avec une préoccupation de redistribution plus équilibrée. Notre souci est et sera d'aider prioritairement la distribution indépendante.

La relation entre le cinéma et les télévisions est compliquée, mais féconde, comme en témoignent les 300 millions d'euros qu'apportent les chaînes au cinéma français. La perspective d'une suppression partielle de la publicité sur les chaînes du secteur public peut changer la donne. S'il n'y a plus de contrainte pour obtenir de la publicité sur ces chaînes, les films qu'elles coproduisent seront moins formatés. Le rapport propose aussi de renforcer l'éducation à l'image. Avec le ministre de l'éducation, Xavier Darcos, nous allons doubler les aides à l'école, au collège et au lycée au cinéma l'an prochain. Elles concerneront 2,5 millions d'élèves, contre 1,25 aujourd'hui. Ce sera la première fois que ces programmes impliqueront autant de jeunes.



En Grande-Bretagne, en Allemagne, des aides fiscales attirent les gros tournages hollywoodiens. La France doit-elle faire de même ?

Oui, je ferai tout pour que le crédit d'impôt international soit dans le projet de loi de finances de 2009. Il ciblera des films à gros budgets. C'est une mesure d'attractivité du territoire, qui aura des retombées importantes en termes d'emplois - notamment des industries techniques du cinéma -, d'économie et de tourisme. La concurrence est très rude avec les pays voisins. Des gros tournages réalisés en 2005 comme Marie-Antoinette, de Sofia Coppola, le Da Vinci Code ou Une grande année, de Ridley Scott apportent un ballon d'oxygène. L'idée est de faire revenir ces films hollywoodiens aujourd'hui tournés ailleurs, sans pour autant ouvrir les vannes à tous les projets.



Déplafonnerez-vous le crédit d'impôt national, qui n'empêche pas les gros films français d'être tournés à l'étranger ?

Non, ce n'est pas à l'ordre du jour. Notre priorité est d'aider les films à moyen budget.



Comptez-vous reprendre des suggestions du rapport sur le droit de la concurrence dans le cinéma ?

Nous sommes en phase de consultation publique. Aucune décision n'est prise. Je ne suis pas favorable à une "taxe pop-corn" ; les exploitants sont libres de fixer leurs tarifs, mais il faut que la rémunération des ayants droit soit préservée.


Propos recueillis par Nicole Vulser

Pour une revue de plaisir et de combat


Un scénario s'esquisse pour la reprise des « Cahiers du cinéma »

Par Sylvain Bourmeau

Créé 08/05/2008 - 10:58
Culture-Idées /Cahiers du Cinéma / Presse


Alors que Le Monde prend du retard dans le processus de vente des Cahiers du cinéma, le projet de reprise présenté par l'actuel rédacteur en chef, Emmanuel Burdeau, semble se détacher en recevant le soutien d'une cinquantaine de personnalités. La rédaction du mensuel devrait également appuyer ce projet.

Le Monde a pris du retard sur le calendrier serré qu'il s'était lui-même fixé pour la vente des Cahiers du Cinéma. C'est en milieu de semaine prochaine seulement, soit au moment de l'ouverture du Festival de Cannes vers lequel convergent tous les professionnels du secteur, qu'il devrait permettre aux repreneurs potentiels l'accès à un première « info-mémo ».

Ceux qui ne seront pas trop échaudés par des comptes qui s'annoncent très mauvais pourront demander à entrer, deuxième phase du processus, dans une « data room » pour consulter un dossier plus nourri. La date du 31 mai qu'avait avancée Le Monde comme limite de rendu des offres semble désormais oubliée.


Pour l'instant, comme nous le signalions précédemment, seuls trois repreneurs se sont déclarés publiquement : Alain Kruger, producteur de télévision et ancien directeur de journaux au sein du groupe Filipacchi (Première, 7 à Paris, L'Autre Journal), les éditions indépendantes qui éditent Les Inrockuptibles, et Emmanuel Burdeau, l'actuel rédacteur en chef des Cahiers, associé à Thierry Lounas, membre du comité de rédaction.

Déjà signé par plus d'une cinquantaine de personnalités, un texte apporte clairement, « au nom de l'avenir des Cahiers du cinéma », « son soutien » et « sa confiance » au projet de Burdeau et Lounas. Les signataires ( parmi lesquels les critiques Jean Douchet, Thierry Jousse, Bill Krohn ou Jonathan Rosenbaum, les réalisateurs Hou Hsiao Hsien, Quentin Tarrantino, Pascal Bonitzer, les plasticiennes Dominique Gonzales-Foerster, Valérie Jouve ou Natacha Lesueur, les écrivains Olivier Cadiot, François Bégaudeau et Tanguy Viel, philosophes Jacques Rancière et Georges Didi-Huberman...) estiment que ce projet ouvre la perspective de Cahiers renouvelés et fidèles à eux-mêmes.



La rédaction doit annoncer son soutien au projet
« Les mutations de l'époque, écrivent-ils, rendent les Cahiers plus indispensables que jamais, en réclamant l'invention d'un type d'intervention critique apte à répondre à la nouvelle place du cinéma dans le concert des arts et des images. Si le cinéma est désormais au centre, les Cahiers peuvent l'être également, puisqu'ils sont présents sur le papier et sur Internet, et que leur aura demeure un atout majeur. Seront-ils alors contraints d'oublier leur histoire ou de dévoyer leur identité ? Nullement. Ils garderont au contraire intactes la vigueur et la nécessité de leurs débuts, lorsqu'André Bazin et la jeune garde des futurs cinéastes de la Nouvelle Vague se tournèrent vers ce qu'il y a d'impur dans le cinéma ou lorsque, quelques années plus tard, la revue s'ouvrit aux sciences humaines et à la philosophie. C'est, à plus large échelle encore, un moment similaire que nous traversons aujourd'hui. »


Si, dans un entretien accordé à Politis et publié ce 8 mai, Emmanuel Burdeau, confiant, indique qu'il est encore « à la recherche d'un véritable partenaire financier», il peut donc d'ores et déjà compter sur un atout symbolique majeur avec ce texte, d'autant que la rédaction dans sa quasi totalité devrait elle aussi prochainement apporter son soutien à son projet.


Dans ces conditions, il serait évidemment très risqué pour un autre repreneur de se lancer dans l'aventure - à moins de considérer qu'une marque, aussi forte soit-elle, puisse avoir un avenir sans qu'elle continue d'être garantie par ceux qui en sont à la fois les dépositaires et les réinventeurs permanents.


Pour l’avenir des « Cahiers du cinéma »


Ci-joint, pour information, et pas pour signature – sauf démarche strictement personnelle de ceux qui le souhaiteraient –, le courrier reçu par le biais des Amis des Cahiers.

Rappelons en effet le contexte actuel. Suite à un déficit très important, la mise en vente des Editions de l'Etoile a été lancée par Le Monde, leur propriétaire actuel. Parmi les différents secteurs d'activité des Editions de l'Etoile figure la revue Les Cahiers du cinéma. L'examen des différentes offres de reprise est en coursi.

Chaque fois que nous-mêmes en aurons les moyens, nous vous tiendrons informés des différentes étapes de cette procédure apparemment inévitable mais qui n'est pas sans danger pour l'avenir des Cahiers ainsi que de tous ceux qui y participent, et auxquels le BLAC tient, à cette occasion, à exprimer toute sa solidarité et sa confiance.








Chers tous,


Vous trouverez ci-joint : la lettre " Pour l'avenir des Cahiers du cinéma " ; la liste des premiers signataires ; la liste des signatures parvenues par la suite, les 11 et 12 mai.

Cette liste est naturellement appelée à grandir ; d'ici quelques jours, un site sera ouvert où chacun pourra signer et avoir accès aux informations dont il a besoin.


Bien à vous,


jean douchet



Dans une tribune publiée par Libération le jeudi 24 avril, Les Amis des Cahiers du cinéma ont marqué leur attachement à la préservation de l'identité des Cahiers du cinéma, après l'annonce brutale de leur mise en vente par Le Monde. Comme l'ensemble de la presse, les Cahiers se trouvent aujourd'hui à un tournant de leur histoire. C'est un moment délicat, mais qui peut être porteur de promesse et de renouveau. Dans toutes leurs composantes, revue, éditions, photothèque, site Internet, les Editions de l’Etoile / Cahiers du cinéma doivent demeurer un acteur central de la vie culturelle française.

Nous partageons à cet égard une conviction : le meilleur moyen pour les Cahiers de garantir leur identité est de se tourner vers l'avenir. Ils doivent aujourd’hui être en mesure d'affronter de nouveaux enjeux critiques. Le cinéma, en effet, n'est plus le même qu'à l'heure de leur création. Autrefois dernier né des arts, il est aujourd'hui l’un des premiers. Il ne cesse de stimuler la littérature, l'art contemporain, la musique, la fiction télévisuelle, Internet... Sa diffusion ne se limite plus à la salle obscure : les films sont sur DVD, sur les sites web, dans les livres, au musée....

Autant dire que le cinéma nous concerne désormais tous au premier chef : artistes, philosophes, écrivains, cinéastes, critiques, acteurs, directeurs de festivals…

Les mutations de l’époque rendent les Cahiers plus indispensables que jamais, en réclamant l'invention d'un type d'intervention critique apte à répondre à la nouvelle place du cinéma dans le concert des arts et des images. Si le cinéma est désormais au centre, les Cahiers peuvent l'être également, puisqu'ils sont présents sur le papier et sur Internet, et que leur aura demeure un atout majeur. Seront-ils alors contraints d'oublier leur histoire ou de dévoyer leur identité ? Nullement. Ils garderont au contraire intactes la vigueur et la nécessité de leurs débuts, lorsqu'André Bazin et la jeune garde des futurs cinéastes de la Nouvelle Vague se tournèrent vers ce qu'il y a d'impur dans le cinéma ou lorsque, quelques années plus tard, la revue s'ouvrit aux sciences humaines et à la philosophie. C'est, à plus large échelle encore, un moment similaire que nous traversons aujourd'hui.

Emmanuel Burdeau et Thierry Lounas, respectivement rédacteur en chef et membre du comité de rédaction, ont fait part de leur volonté de relever ces défis en élaborant un nouveau projet éditorial et économique pour les Cahiers. Ce projet a la confiance de la rédaction et du conseil éditorial. Il entend assurer la pérennité de l'entreprise dans toutes ses composantes, tout en l'adaptant aux enjeux présents et futurs. Une telle décision nous semble à la fois naturelle et réjouissante. Elle ouvre la perspective de Cahiers renouvelés et fidèles à eux-mêmes.

Au nom de l'avenir des Cahiers du cinéma, nous assurons ce projet de notre soutien et de notre confiance.

Jean Douchet




Premiers signataires :
Laure Adler, Chantal Akerman, Pierre Alferi, Sandy Amerio, Cédric Anger, Jacques Aumont, Luca Bandirali, Jean-Pierre Beauviala, Xavier Beauvois, François Bégaudeau, Marco Bellocchio, Raymond Bellour, Joao Bénard da Costa, Pascal Bonitzer, Stéphane Bouquet, Caroline Bourgeois, Nicole Brenez, Jean-Claude Brisseau, Erik Bullot, Ricardo Matos Cabo, Olivier Cadiot, Fulvia Carnevale, Francesca Comencini, Pedro Costa, Sylvain Coumoul, Pierre Creton, François Cusset, Pierre-Henri Deleau, Piera Detassis, Georges Didi-Huberman, Clément Dirié, Jean Douchet, Bernard Eisenschitz, Victor Erice, Jean-Paul Fargier, Davide Ferrario, Francisco Ferreira, Alain Fleischer, François Fronty, Anne-Marie Garat, Philippe Garrel, Enrico Ghezzi, Elise Girard, Dominique Gonzalez-Foerster, Jean-Pierre Gorin, Joao Mario Grilo, Harry Gruyaert, Alain Guiraudie, Sabina Guzzanti, Shiguehiko Hasumi, Jacques Henric, Danièle Hibon, Jim Hoberman, Pierre-Damien Huyghe, Hou Hsiao-Hsien, Thierry Jousse, Valérie Jouve, Guy Jungblut, Eric Khoo, Nicolas Klotz, Bill Krohn, André S. Labarthe, Anne-Lise Landureau, Natacha Lesueur, Jean-Louis Leutrat, Suzanne Liandrat-Guigues, Philippe Mangeot, Raya Martin, Catherine Millet, Christine Montalbetti, Pietro Montani, Luc Moullet, Jean-Luc Nancy, Valentina Novati, F.J. Ossang, Bruno Péquignot, Paul Otchakovsky-Laurens, Arnaud des Pallières, Mark Peranson, Marie-Dominique Popelard, Olivier Père, Cristina Piccino, Sylvie Pierre, Denis Podalydès, Angela Prudenzi, Mathieu Potte-Bonneville, Jacques Rancière, Jean-Pierre Rehm, Charlotte Renaud, Fabrice Revault, La Revue Internationale des Livres et des Idées, Pierre Rissient, Paulo Rocha, Jean-Marie Rodon, Jonathan Rosenbaum, Jean-Claude Rousseau, Raoul Ruiz, Barbet Schroeder, Albert Serra, André Siglé, Agnès Sire, Louis Skorecki, Alexandre Sokourov, Auraeus Solito, Jean-François Stévenin, Jean-Marie Straub, Peter Szendy, Quentin Tarantino, Enrico Terrone, Rémy Toulouse, Luc Vancheri, Gus Van Sant, Claude Ventura, Tanguy Viel, Dominique Villain, Apichatpong Weerasethakul, Dork Zabunyan, Slavoj Zizek, Rebecca Zlotowski.

Les «Cahiers du cinéma» en danger

LIBERATION
QUOTIDIEN : jeudi 24 avril 2008


Rebonds
Par Chantal Akerman, Olivier Assayas, Alain Bergala, Pascal Bonitzer, Freddy Buache, Emmanuel Burdeau, Jean-Claude Carrière, Jean-Louis Comolli, Jean-Michel Frodon, Anne-Marie Garat, Benoît Jacquot, Thierry Jousse, Pascal Kané, André S. Labarthe, Bernard Latarjet, Serge Le Péron, Jean Narboni, Dominique Paini, Claudine Paquot, Nicolas Philibert, Jacques Rivette, Jean-Henri Roger, Eric Rohmer, Serge Toubiana, Les Amis des Cahiers du cinéma….


Le Monde vient de prendre brutalement la décision de se séparer des Editions de l’Etoile. Le titre Cahiers du cinéma est donc en vente, et de ce fait en danger ; surtout dans le contexte de crise générale de la presse écrite, même si la revue maintient avec une belle stabilité le niveau de ses ventes en kiosque et de ses abonnements.

Les Amis des Cahiers, dont nous sommes membres, ont à cœur de faire entendre leur voix dans ce moment critique, rappeler leur attachement à cette revue et l’attention qu’ils portent à sa pérennité, comme ils ont toujours su le faire chaque fois que son identité s’est trouvée fragilisée. Ils sont une société d’actionnaires des Editions de l’Etoile, actionnaires «historiques» réunissant à la fois des cinéastes, des acteurs, des personnalités du monde cinématographique et culturel, des rédacteurs et des salariés de la revue à toutes les époques de son histoire. Tous se sont sentis impliqués, à un moment ou à un autre, dans le présent des Cahiers du cinéma, et continuent à se sentir engagés dans sa permanente évolution. Cette société, minoritaire par rapport à l’actionnaire principal actuel, est liée avec le Monde par un pacte d’associés qui lui donne un droit de consultation sur tout changement important pouvant affecter l’identité des Cahiers du cinéma.

C’est une revue unique dans son genre, qui appartient à l’histoire du cinéma à laquelle elle contribue depuis les années 50. Fondée par André Bazin et Jacques Doniol-Valcroze, elle a été le creuset de la Nouvelle Vague, le lieu où Truffaut, Godard, Chabrol, Rohmer, Rivette et tant d’autres ont exercé, chacun à leur manière, leur talent critique. Son passé prestigieux constitue un atout fondateur, mais elle a toujours su rester synchrone, depuis cinquante ans, avec le cinéma en train de se faire. Grâce au prestige international dont elle jouit, et qui ne s’est jamais démenti, elle contribue au rôle culturel de la France dans le domaine du cinéma. Elle est un lieu d’échanges et de débats entre tous ceux qui font le cinéma, ici et ailleurs. Elle a contribué à l’émergence de nombreux réalisateurs, partout dans le monde, qui y ont trouvé une première reconnaissance de leur talent. Elle a souvent été un tremplin à leur carrière. Les Cahiers sont associés à de nombreux festivals, petits et gros, pour se tenir toujours aux avant-postes du cinéma au présent. Le site Internet de la revue est à la fois, aujourd’hui, un précieux espace de ressources patrimoniales en ligne, et un espace d’échanges et de débats en temps réel à la pointe vive de l’actualité.

La photothèque des Cahiers du cinéma, l’une des plus riches dans le domaine, contribue à une présence très large du titre dans l’ensemble de la presse française et étrangère et joue un rôle précieux de conseil en iconographie dans le champ de l’édition de livres et de magazines.

Les Editions de l’Etoile sont devenues, au fil des ans, la principale maison d’édition de livres de cinéma en France et le rayonnement intellectuel des Cahiers du cinéma est largement porté, dans le monde entier, par ses livres coédités ou traduits par des éditeurs étrangers. Son patrimoine éditorial s’est imposé depuis vingt-cinq ans comme un précieux capital de pensée et de ressources sur le cinéma.

Dans la situation actuelle, créée par la décision de l’actionnaire principal de mettre en vente les Editions de l’Etoile, les Amis des Cahiers entendent défendre avec vigueur le périmètre d’activités de la maison d’édition (revue, éditions, photothèque, site Internet). Ils s’opposeront également à tout dévoiement de l’identité du titre Cahiers du cinéma. Non seulement la revue est indispensable pour la pensée critique, de plus en plus menacée par ailleurs, mais elle doit rester fidèle à elle-même et à ses convictions, dans cet avenir qui est en passe de se décider pour les Editions de l’Etoile. En tant qu’actionnaires du titre, nous entendons participer au choix du repreneur et jouer pleinement notre rôle de vigilance et de conseil. On l’aura compris : nous sommes disponibles pour tout dialogue constructif avec les éventuels repreneurs des Editions de l’Etoile sur le devenir à inventer des Cahiers du cinéma.

Les Cahiers du Cinéma dans la tourmente

Business
Jeudi 24 avril 2008


La revue de cinéma française Les Cahiers du cinéma est cédée par le groupe Le Monde, actuellement engagé dans un plan de redressement. De son côté, le magazine professionnel Écran Total, placé en liquidation judiciaire, attend son repreneur.

Mise à jour
Alors que Les Cahiers du cinéma se trouvent actuellement en vente, Les Amis des Cahiers, actionnaire minoritaire de la revue qui compte parmi ses membres Olivier Assayas et Eric Rohmer, veulent participer au choix du repreneur du mensuel que Le Monde entend céder, ont-ils indiqué dans une tribune publiée le jeudi 24 avril dans Libération : "Les Amis des Cahiers, dont nous sommes membres, ont à coeur de faire entendre leur voix dans ce moment critique, rappeler leur attachement à cette revue et l'attention qu'ils portent à sa pérennité", affirment-ils dans cette tribune, signée notamment par les cinéastes Chantal Akerman, Benoît Jacquot, Jacques Rivette, Olivier Assayas et Eric Rohmer. Les Amis sont ainsi liés avec Le Monde, actionnaire majoritaire, par un "pacte d'associés qui lui donne un droit de consultation sur tout changement important pouvant affecter l'identité des Cahiers du Cinéma", rappellent-ils. "Non seulement la revue est indispensable pour la pensée critique, de plus en plus menacée par ailleurs, mais elle doit rester fidèle à elle-même et à ses convictions", affirment-ils.


Actuellement empêtrée dans des difficultés financières, la direction du Monde a engagé, outre son plan de redressement prévoyant 130 suppressions d'emplois au quotidien, des cessions de magazines dont celle des Cahiers du Cinéma. Rappelons que la revue, créée en 1951, a vu de jeunes cinéphiles tels Jean-Luc Godard, François Truffaut, Chris Marker ou encore Claude Chabrol y écrire leurs premières fiches de films avant de devenir de grands cinéastes. Les salariés et journalistes des Cahiers du Cinéma ont affirmé, suite à cette annonce, leur "forte inquiétude", et demandent à être "informés en temps réel" de toute négociation concernant leur avenir. Les salariés des Cahiers rappellent en outre que leur titre représente aujourd'hui une revue de cinéma, mais aussi "la première maison d'édition de livres sur le cinéma en France, des sites internet, une photothèque riche de 350.000 documents et une collection de DVD." "L'ensemble de ces activités ne peut être considéré d'un simple point de vue comptable", concluent-ils, affirmant que les Cahiers du Cinéma ont été un "acteur majeur de la vie culturelle française depuis leur création en 1951."

Ecran Total attend son futur repreneur


Le magazine Ecran Total connaît également de graves ennuis financiers. Placé en liquidation judiciaire le 20 mars dernier, le "magazine de tous les professionnels de l'audiovisuel" intéresserait quatre sociétés, qui se seraient portées candidates à sa reprise. Trois entreprises auraient été retenues par l'administrateur judiciaire, la quatrième ne proposant de ne reprendre que trois des vingt-six salariés d'Écran Total. La première serait les Editions Larivière (Moto revue, Rock & folk), qui publient aussi des titres professionnels comme Musique Info Hebdo ou Fashion Daily News. La seconde serait la Financière des Loisirs, qui a repris l'édition du mensuel de cinéma L'Écran Fantastique en septembre 2007. Enfin, le cabinet de conseil spécialisé sur le secteur audiovisuel NPA Conseil aurait également formulé une offre. Le choix du repreneur devrait être annoncé par le Tribunal de Commerce de Nanterre le 24 avril prochain.

Aline Honigmann avec AFP et Imédias

Christine Albanel défend le projet d'un ministère allégé et resserré

CLARISSE FABRE
LE MONDE
QUOTIDIEN : 19 avril 2008


Le nouveau visage du ministère de la culture et de la communication se dessine. Transformé, resserré, allégé, sous l'effet de la "révision générale des politiques publiques", dite RGPP, qui s'applique à tous les ministères. Les relations se tendent entre la ministre, Christine Albanel, et les syndicats qui se réunissaient, jeudi 17 avril, lors d'un comité mixte paritaire ministériel.

Mme Albanel a empêché les manifestants anti-RGPP de se rassembler, le même jour, sous les fenêtres du ministère, au milieu des Colonnes de Buren, dont l'accès était bloqué. La ministre n'avait guère apprécié, entre autres, que les syndicats occupent l'antichambre de son bureau, début avril.

Dans une lettre ouverte, Anne Hidalgo, secrétaire nationale culture et médias du PS, et Claudy Lebreton, président de la Fédération nationale des élus socialistes et républicains, déplorent une logique "d'économies comptables et de réduction du nombre des fonctionnaires" et demandent un "moratoire de six mois" sur la RGPP. Peine perdue : la nouvelle administration doit être "opérationnelle à compter de 2009", indique le communiqué de la ministre. "En deux ou trois mois, on efface des années de réflexion et de construction du ministère", s'indigne le secrétaire général de la CGT-culture, Nicolas Monquaut.

Mme Albanel estime avoir sauvé les meubles : un, le réseau des directions régionales des affaires culturelles (DRAC), qui gèrent les crédits déconcentrés de l'Etat, est préservé, même si des interrogations subsistent sur le devenir de ses missions ; deux, la ministre a annoncé, jeudi 17 avril, que la Direction du développement des médias, qui dépend de Matignon, sera rattachée à la future direction générale des industries culturelles et des nouveaux médias - l'intitulé définitif n'est pas encore connu. "Le conseil de modernisation des politiques publiques (piloté par l'Elysée et Matignon) conforte ainsi le ministère dans ses missions et son organisation", assure-t-elle.

Trois piliers : patrimoine, création, médias. Trois directions générales verront le jour (au lieu de dix directions actuellement) au sein du ministère, auxquelles s'ajoute un secrétariat général. Une direction générale des patrimoines de France englobera les quatre directions existantes (livre, archives, architecture et patrimoine, musées de France). Une direction générale de la création regroupera la délégation aux arts plastiques et celle consacrée au spectacle vivant (musique, danse, théâtre, etc.).

Troisième bloc, une direction générale du développement des médias et de l'économie culturelle : celle-ci devrait être pilotée par la responsable de la direction du développement des médias, Laurence Franceschini. Le ministère réfléchit par ailleurs à la nomination des deux autres directeurs généraux. Chaque direction générale sera dotée de directions correspondant aux différents secteurs. Les actuels directeurs pourraient être maintenus à leur poste : "Aucun d'entre eux n'a démérité", glisse un conseiller de Mme Albanel.

Machine arrière sur les musées. Le processus d'autonomisation des musées se poursuit. Aux quatre établissements publics existants (Louvre, Orsay, Versailles, Guimet), s'ajoutent trois nouveaux venus : le Musée Picasso à Paris, le Musée de Fontainebleau, enfin le musée et la Manufacture de Sèvres, deux entités distinctes qui sont désormais regroupées. Par ailleurs, le Musée de l'Orangerie ira sous l'aile d'Orsay. D'autres pistes envisagées en décembre 2007 ont été revues et corrigées, pour tenir compte des critiques syndicales : ainsi, il n'est plus question de rattacher administrativement les autres musées à la Réunion des musées nationaux (RMN), qui gère diverses activités (billetterie, édition, produits dérivés). Il s'agirait simplement, aujourd'hui, de "rénover" les liens entre la RMN et les musées. Ces derniers relèveraient toujours de la direction des musées de France pour ce qui est de la politique scientifique.

215 postes supprimés en 2008. En 2008, 215 emplois équivalent temps plein seront supprimés (sur un total de 11 900 emplois de titulaires), dont 100 au titre du non-remplacement du départ à la retraite d'un fonctionnaire sur deux. Si la filière accueil et surveillance est épargnée, d'autres secteurs seraient touchés : la direction de l'architecture et du patrimoine (DAPA) perdrait 101 postes (sur 2 824), selon un premier état des lieux, "pas encore arbitré", assure-t-on au cabinet de Mme Albanel.

Dans une lettre adressée à Jean-François Hébert, le directeur de cabinet de Mme Albanel, que Le Monde s'est procurée, le directeur de la DAPA, Michel Clément, estime que ces perspectives, alliées à la "baisse programmée" de certains services déconcentrés, sont "de nature à poser la question du maintien du périmètre des missions fondatrices de notre ministère".

Clarisse Fabre
Article paru dans l'édition du 19.04.08 du journal Le Monde

L'avenir en pointillés des Cahiers du Cinéma

Comme au cinéma
le 09 Avril 2008
(avec Le Film Français)

La presse quotidienne va mal, les journaux ne cessent de licencier et le cinéma pourrait d’ores et déjà largement en pâtir. Le journal Le Monde a ainsi présenté vendredi dernier son « plan de redressement » qui prévoit le licenciement de 130 emplois au sein des « entités déficitaires ou non stratégiques ».

La restructuration du quotidien français le plus célèbre prévoit de « restaurer l’équilibre du quotidien et de ses suppléments à échéance 2010 ». D’ici là, le groupe Le Monde serait un chantier permanent permettant d’économiser la somme non négligeable de 15 millions d’euros sur une période de deux ans.

Parmi les 130 emplois qui seront supprimés, 2/3 d’entre eux devraient être des journalistes…(hum) mais pire encore, le « plan de redressement » envisage de céder Fleurus Presse (groupe d’éditions Jeunesse), le mensuel Dancer, le réseau La Procure, librairies spécialisées en presse religieuse et surtout les Editions de l’Etoile. C’est la société éditrice des Cahiers du Cinéma.

Un tollé dans la presse cinématographique. Fondée par André Bazin, Les Cahiers du Cinéma, c’est la revue spécialiste par excellence qui éclaire depuis plus de 40 ans et d’un œil savant l’ensemble des sorties ciné. Révolutionnant la notion de critique ; les rédacteurs des Cahiers du Cinéma participent à des colloques, des rencontres entre publics et réalisateurs, visibles dans certains bonus DVD, certains d’entre eux sont aussi devenus réalisateurs… et ce n’était pas pour faire de la figuration. François Truffaut, Jean-luc Godard, Eric Rohmer, Jacques Rivette, Chris Marker et Claude Chabrol, et plus récemment André Téchiné, Christophe Honoré et Olivier Assayas sont passés par les Cahiers avant de se lancer dans la réalisation.

L’UJC (Union des Journalistes de Cinéma) manifeste toute son inquiétude. L’association précise que « ce désengagement regrettable intervient au plus mauvais moment, alors que la presse de cinéma traverse actuellement une crise profonde ». Les Cahiers adoptent un point de vue qui ne peut bien sûr pas plaire à tout le monde, mais leurs compétences non plus à être démontrées. Ils offrent un angle essentiel au débat critique français, et il est important pour tout amateur de cinéma (même ceux qui tremblent devant le meilleur du pire des séries B néo-zélandaises) que Les Cahiers du Cinéma continuent son travail. L’UJC indique qu’elle se montrera « particulièrement attentive dans les jours et les semaines qui viennent à l’évolution de la situation des éditions de l’Etoile et des Cahiers du Cinéma dont l’avenir doit impérativement être assuré ».

Une solidarité que nous saluons, évidemment.

F.B.

Club des 13 : Christine Albanel au rapport

DIDIER PÉRON
LIBERATION
QUOTIDIEN : mercredi 9 avril 2008


Irritation. La ministre a commenté dans la presse le texte du collectif avant même de l’avoir reçu.


Le rapport rédigé par le Club des 13 (Libération du 28 mars), groupe de réflexion interprofessionnel né sous l’impulsion de la cinéaste Pascale Ferran, a été remis à Christine Albanel, jeudi 3 avril, par une délégation élargie (avec notamment Cédric Klapisch, Nicole Garcia, Bertrand Tavernier…). Mais les problèmes ont commencé dès le lendemain, avec la parution, dans l’hebdo le Film français, d’un entretien avec Christine Albanel sur les mesures préconisées par un autre rapport (Cinéma et concurrence, d’Anne Perrot et Jean-Pierre Leclerc, commandité par le ministère celui-là), dans lequel la ministre de la Culture en profitait pour commenter les conclusions et propositions du rapport du Club des 13.

«Un rapport intéressant», dit-elle, mais «qui passe un peu vite sur ces dernières années, où le paysage a commencé à se rééquilibrer, comme en témoignent les derniers chiffres du CNC [Centre national de la cinématographie]». Comme les 200 pages du rapport des 13 pointent plutôt un déséquilibre croissant entre gros et petits, riches et pauvres, on ne sent pas poindre une grande convergence sur le diagnostic. La ministre, interrogée sur la mise en cause des diffuseurs (télévisions, multiplexes et bientôt opérateurs de téléphonie…) dans la dégradation des mode de production et l’uniformisation des films, répond : répond : «qui passe un peu vite sur ces dernières années, où le paysage a commencé à se rééquilibrer, comme en témoignent les derniers chiffres du CNCLe cœur du rapport concerne les relations étouffantes entre le cinéma et les diffuseurs. Rappelons que c’est un système que toute l’Europe nous envie. Dire qu’il ne permet pas l’audace et que tous les films sont formatés me paraît un peu exagéré. […] Je pense que nous devons soutenir tous les cinémas. Ce serait le rêve des Américains de se réserver le cinéma de divertissement et de nous cantonner au "cinéma d’auteur". Nous avons aussi besoin des Ch’tis, qui conduisent toutes les générations en salles.»

Comme on pouvait s’y attendre, cette réaction à chaud a surpris les membres du Club des 13, lesquels se sont fendus dans l’urgence d’un communiqué de presse furax : «Nous avons été reçus très courtoisement par Mme Albanel, qui nous a dit avec circonvolution qu’elle nous répondrait plus longuement après avoir lu notre texte. Nous étions en parfait accord avec elle sur ce point. Quelques heures plus tard, nous apprenions, par voie de presse, qu’elle avait lu le rapport avant que nous ne lui remettions. Elle l’avait même tellement lu qu’elle l’avait déjà commenté pour le Film français, bien avant de nous recevoir pour nous dire officiellement qu’elle ne l’avait pas lu. Cette promptitude dans la réaction n’est pas sans évoquer le sapeur Camember, qui affirmait que si les pompiers arrivaient sur les lieux d’un incendie avant qu’il n’éclate, cela réduirait considérablement les risques. Par ses commentaires d’un rapport non lu ou sa réception officielle d’un rapport déjà lu, la ministre doit penser avoir maîtrisé les risques d’incendie. Nous pensons, à l’inverse, qu’en nous prenant assez ostensiblement pour des imbéciles, elle jette de l’huile sur le feu. Quel feu ? Celui qui se propage depuis des années et qui a pour noms perte de confiance et discrédit des hommes et des femmes politiques et de leur fonction au plus haut niveau de l’Etat.»

Cette colère ne fait qu’alimenter la poursuite de la constitution d’une chaîne de cosignataires supportant le rapport, plus de 150 désormais, dont une quarantaine de producteurs, des agents et des stars (Nathalie Baye, Fanny Ardant…).


Didier Péron
Libération, le 9 avril 2008

Non aux nouveaux programmes de l'école publique !

LES DEBATS DE L'OBS
Semaine du 13 mars 2008
JACQUES ANQUETIL

Deux anciens ministres de l'Education nationale, dans des gouvernements de droite et de gauche, lancent un appel à Xavier Darcos pour qu'il renonce au «populisme scolaire» Par Luc Ferry et Jack Lang

D'aucuns seront sans doute fort surpris de trouver nos deux noms réunis au bas d'un même appel. En dépit de tout ce qui oppose nos choix politiques et philosophiques, nous avons pourtant les mêmes raisons de penser que les «nouveaux programmes de l'école primaire», rendus publics à la fin du mois de février, risquent de nuire gravement à la santé (déjà bien fragilisée) de notre système éducatif : l'avenir de nos enfants vaut bien une trêve dans nos querelles partisanes. Les parents ne doivent pas être abusés par les promesses d'un «retour aux fondamentaux» et d'une exigence accrue, auxquelles nous adhérons tous : car, sous ces slogans séduisants mais vagues, c'est exactement l'inverse que le ministère de l'Education nationale nous propose aujourd'hui.

On nous annonce des programmes «plus ambitieux», mais, sur l'essentiel, notamment la lecture, l'écriture, l'expression orale, on en rabat comme jamais sur le niveau visé. En fin de CM2, on se contente désormais d'attendre d'un élève qu'il soit capable d'«orthographier un texte simple de dix lignes lors de sa rédaction ou de sa dictée» alors que les programmes de 2002 demandaient qu'il sache rédiger un «récit» au moins deux fois plus long, mais aussi «noter des informations», «rédiger une courte synthèse» des leçons, en respectant, outre les règles d'orthographe et de syntaxe, des critères de clarté et de cohérence du propos. Soyons clairs : savoir tout juste écrire dix lignes sous la dictée ne suffit pas pour suivre une classe de 6e ! Plus grave encore, si possible : malgré les affirmations qui figurent dans la présentation des programmes, les horaires de français ne sont nullement augmentés, mais considérablement réduits par rapport à ceux de 2002 ! En 2002, le programme de français comportait obligatoirement et au minimum deux heures de lecture et d'écriture quotidiennes, auxquelles s'ajoutait le temps consacré à l'expression orale et à l'étude de la langue (grammaire, conjugaison, vocabulaire). Soit treize heures. Il n'en reste plus que dix aujourd'hui ! Du reste, comment Xavier Darcos peut-il prétendre sans sourciller diminuer tout à la fois l'horaire hebdomadaire global (qui passe de 26 à 24 heures en raison de la suppression des heures du samedi matin), augmenter les horaires de sport et de maths, créer une discipline nouvelle (l'histoire de l'art) et, malgré cela, augmenter l'horaire de français ? Disons-le posément mais fermement : il s'agit d'un mensonge.



Paresse intellectuelle
Sur bien d'autres sujets encore, les épaisses ficelles de la com en arrivent à éclipser totalement le fond des problèmes. Pour satisfaire à la démagogie ambiante, on affirme sans vergogne que «programmes courts = programmes centrés sur les fondamentaux», alors qu'il suffit de réfléchir trois minutes pour comprendre qu'à l'évidence c'est l'inverse qui est vrai : plus les programmes sont courts dans le texte officiel, plus ils sont lourds dans la classe. Si vous mettez «la Révolution française» sans autre précision au programme, il est, au sens propre, sans limite. Un bon programme, c'est d'abord un programme qui a le courage de faire des choix et de les expliciter, ce qui suppose un peu d'espace. La première condition de l'efficacité des apprentissages, c'est leur continuité, leur cohérence, d'un jour à l'autre, d'une classe à l'autre, d'un maître à l'autre. Et cela suppose un cadre commun suffisamment clair, qui ne prête pas à une infinité d'interprétations. Le contraire même de ce que l'on découvre ici, dans un texte qui expédie l'apprentissage de la lecture et de l'écriture au CP et au CEI en 15 lignes ! Et quelles lignes ! Jugez vous-mêmes : «Dès le cours préparatoire les élèves s'entraînent à déchiffrer et à écrire seuls les mots déjà connus. Cet entraînement conduit progressivement l'élève à lire de manière plus aisée et plus rapide.» C'est tout pour le CP ! Les nouveaux programmes se vantent avec arrogance d'avoir renoncé à expliciter et à choisir, de sorte que la paresse intellectuelle et le manque de courage se parent ici des dehors du gros bons sens pour lâcher la bride à toutes les lubies pédagogiques. Ce n'est pas non plus parce qu'on ajoute le mot «morale» pour bien donner le sentiment, pas même véridique, d'un «retour à» que l'on améliore en quoi que ce soit le contenu des enseignements. Pis encore, le programme de sciences a été littéralement laminé pour faire place à de bien vagues notions d'écologie...



Vide abyssal
Nous avions ensemble, l'un comme ministre, l'autre comme président du Conseil national des Programmes, piloté le vaste chantier de refonte des programmes de l'école primaire entre 2000 et 2002. Que ce travail puisse et doive être amélioré, nous sommes les premiers à en convenir. Mais qu'on le liquide purement et simplement pour le remplacer par un vide abyssal est proprement consternant. Malgré nos divergences de fond sur d'autres sujets, nous nous étions accordés sur l'idée que l'élaboration des programmes devait être désormais transparente et publique. C'est dans cette perspective que le soin de réfléchir aux contenus d'enseignement fut confié à un groupe de personnalités reconnues, présidé par Philippe Joutard, historien et ancien recteur estimé de tous. Nous voulions ensuite que ces programmes fussent réellement utiles, non seulement aux instituteurs chargés de les mettre en oeuvre, mais aussi - c'est peut-être leur principale fonction - aux auteurs de manuels scolaires pour lesquels ils constituent le cahier des charges. Jusqu'alors, les programmes de l'école se contentaient, comme celui qu'on nous propose à nouveau aujourd'hui, d'être un catalogue de vœux pieux, du genre : «Au CM2 l'enfant maîtrise les principales règles de l'expression écrite, il sait se comporter avec respect avec autrui...», et autres déclarations aussi péremptoires qu'inopérantes. A la place de ces injonctions creuses, nous souhaitions indiquer enfin des progressions concrètes, autant que possible précieuses pour les maîtres débutants, et rassurantes, car stables, pour les plus chevronnés. Disons-le franchement, c'était une petite révolution par rapport à la langue de bois «éducnat» jusqu'alors en vigueur. Tous deux préoccupés par la montée de l'illettrisme, nous étions soucieux que, par-delà la pluralité des méthodes de lecture (il y a des centaines de manuels différents sur le marché de l'édition scolaire !), les programmes fixent enfin un cadre commun, solide et intelligible par tous. Le groupe de Joutard avait fait sur ce point un travail réellement remarquable et innovant. Ce sont tous ces efforts qui risquent d'être anéantis aujourd'hui.




Imposture
Entre autres choix forts, nous avions limité volontairement le programme de grammaire à l'essentiel : en gros, les marques du pluriel («s» et «ent»), la conjugaison, les règles les plus utiles de l'orthographe, le bon usage des «mots de liaison» et quelques autres éléments de bon sens. En contrepartie de cet authentique travail de «réduction aux fondamentaux», nous avions imposé explicitement un temps quotidien incompressible de lecture et d'écriture de deux heures trente par jour aux CP et CE1 et de deux heures par jour du CE2 au CM2, parce que des enquêtes précises de l'inspection montraient que ce temps pouvait varier de 1 à 4 selon l'enseignant ! C'était là une décision aussi inédite que cruciale. Notre conviction était que seule la pratique assidue de l'écriture et de la lecture permet aux enfants de maîtriser la langue, les exercices abstraits d'analyse grammaticale devant être réservés au collège. Les nouveaux programmes menacent de détruire ces apports bénéfiques. La vérité est qu'ils s'en moquent parce que leur seule véritable visée est un affichage politique qui relève d'une catégorie relativement nouvelle : celle du «populisme scolaire», dont on pourra se faire une première idée au travers des quelques exemples que nous avons évoqués et de ceux qui vont suivre.

Comment croire, notamment, comme le prétend sans rire le dossier de presse présentant les nouveaux textes, qu'une réforme des programmes et des horaires, quelle qu'elle soit, puisse, à elle seule, permettre de «diviser par trois en cinq ans le nombre d'élèves qui sortent de l'école primaire avec de graves difficultés» ? Même s'ils étaient sublimes, infiniment supérieurs à ceux de 2002 - ce qui est tout l'inverse -, une telle affirmation relèverait de l'illusionnisme. Il n'est pas un spécialiste du système scolaire pour y croire une seconde tant il est évident que l'échec scolaire relève de bien d'autres paramètres. Un bon programme n'est jamais la condition suffisante du succès : au mieux, et c'est déjà beaucoup, il favorise la réussite du plus grand nombre, quand un mauvais le handicape sévèrement. En revanche, l'opération politicienne est transparente : elle consiste à faire croire à un public ignorant des textes en vigueur, mais qu'une sourde angoisse associée au sentiment diffus que «tout fout le camp» prédispose à avaler la couleuvre, que les programmes élaborés en 2002 étaient «modernistes», écrits dans un jargon incompréhensible, bref, «soixante-huitards» (ce qui pour l'un d'entre nous au moins est un comble !), et qu'il est temps de restaurer les bonnes vieilles recettes du temps de nos aïeux. Succès garanti dans les chaumières. Si c'était vrai, nous signerions peut-être des deux mains (encore que l'idéalisation du passé ne soit jamais un guide sûr), mais c'est en l'occurrence une imposture. On laisse entendre, par exemple, que les actuels programmes d'histoire sont non chronologiques ou qu'ils ne comportent aucune référence aux personnages et aux événements concrets, que la grammaire à l'ancienne, comme on dit des confitures, n'est plus enseignée, qu'on ne fait plus de dictées, de rédactions ni de récitations, etc., mais tout cela est faux, archifaux. Cela fait belle lurette - depuis Chevènement, à vrai dire, que l'enseignement de l'histoire est redevenu chronologique et, dans nos documents d'application de 2002, on trouve toutes les références précises aux dates, événements et personnages principaux.




Reniement
On dit encore, comme l'a fait d'ailleurs à juste titre le président de la République, que c'est désormais la nation tout entière qui doit s'intéresser aux contenus d'enseignement et qu'il ne faut plus les réserver à d'obscurs experts au jargon digne des médecins de Molière. Mais de nouveau la réalité est en contradiction radicale avec l'affichage démagogique. S'agissant des nouveaux programmes, nul ne parvient à savoir, pas même les anciens ministres de l'Education que nous sommes, comment et par qui ils ont été rédigés ! Et pour cause. Les groupes d'experts, présidés et composés par des personnalités identifiables et reconnues, ont disparu. Le Conseil national des programmes a été supprimé, et l'Inspection générale elle-même n'a pas été saisie du dossier ! Est-il raisonnable de laisser de simples conseillers du ministère ou de l'Elysée élaborer dans l'opacité la plus totale des textes voués à régir l'école de la nation pour dix ans au moins et qui concernent des millions de familles et de citoyens ? Prenons un exemple tout à fait concret : dans les nouveaux programmes, décision a été prise sans aucune concertation de diminuer environ par trois le temps consacré à l'enseignement de l'histoire et de la géographie afin de faire plus de place au sport et aux mathématiques : ce choix lourd de menaces ne peut-il être discuté publiquement ? Tous les démocrates ne peuvent que rejeter cette méthode aberrante.

En 2004, Xavier Darcos, alors ministre délégué à l'Enseignement scolaire, publiait avec l'un d'entre nous les programmes élaborés sous l'égide de Jack Lang : belle preuve d'ouverture d'esprit et de continuité. Dans la préface, signée Ferry-Darcos, nous faisions l'éloge de ce travail et nous lui donnions notre imprimatur. Pourquoi ce reniement aujourd'hui sinon pour des motifs de pure communication, parce que le «look réac» plaît, hors de toute réflexion, à un certain électorat. S'il suffisait d'être réactionnaire pour être génial, cela se saurait. Nous en appelons donc à l'honnêteté de Xavier Darcos et à son sens des responsabilités : il faut cesser de bouleverser sans cesse élèves, parents et professeurs à chaque changement de gouvernement ! Il faut au contraire préserver ce qui a été fait de bon par le passé, quelle qu'ait été la majorité de l'époque. Les professeurs ont plus qu'assez de ces changements aussi incessants qu'inutiles. S'il y a quelques points à modifier, qu'on les modifie en conservant l'essentiel, mais qu'on ne sacrifie pas l'intérêt des enfants et des professeurs à des motifs de pure tactique politicienne.


Luc Ferry
Philosophe et auteur de nombreux ouvrages, Luc Ferry a été ministre de la Jeunesse,
de l'Education nationale et de la Recherche, de 2002 à 2004, du gouvernement Raffarin.


Jack Lang
Député socialiste du Pas-de-Calais, ancien ministre de la Culture,
Jack Lang a été ministre de l'Education nationale,
de 1992 à 1993, du gouvernement Bérégovoy
et, de 2000 à 2002, du gouvernement Jospin.